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Salon de l’agriculture : 5000 jurés, 20000 produits testés… Dans les coulisses du Concours Général Agricole


Une feuille de chêne or, argent ou bronze ? C’est un produit médaillé lors du Concours Général Agricole qui se tient chaque année en marge du Salon de l’Agriculture. Elle s’appuie sur une dégustation rigoureuse, gage de qualité pour le consommateur… et de prix de vente plus élevés.

Vous l’avez forcément déjà vue au supermarché du coin. Cette petite feuille de chêne or, argent ou bronze sur une petite étiquette ronde et blanche, c’est une médaille du Concours général agricole. Elle est décernée au Salon de l’Agriculture, qui se tient cette années du 23 février au 3 mars. Loin du folklore, cette récompense ancienne, décernée depuis 150 ans, est un gage de qualité pour le consommateur, et de rentabilité pour celui qui la reçoit.

Comme tous les ans, le Concours général agricole va se dérouler dans une immense halle isolée des foules. L’ambiance y est digne des conditions d’une véritable dégustation : anonymisation des produits, accueil des jurés par ordre alphabétique, installation autour de dizaines de tables, prises de son et vidéos interdites.

Les jurés, dont la moitié sont des professionnels de la filière concernée et l’autre moitié des consommateurs avertis, dégustent les produits avec des gestes étudiés, étape par étape. Ici, on coupe le foie gras en deux et on renifle la lame du couteau. Là, on scrute et palpe la saucisse de Morteau. Plus loin, des centaines de meules de fromage sont examinées, d’abord entières, puis coupées. Le safran est-il rouge intense, rouge vermillon ou brun ? La gousse de vanille est-elle cassante ou souple ? La confiture est-elle plutôt acidulée ou fruitée ? Tout est passé au peigne fin et consciencieusement noté par les jurés. 

20000 produits en lice 

Quelque 5000 jurés vont se réunir pour déguster plus de 20000 produits alimentaires, dont deux tiers de vins. Les jurés-consommateurs sont formés en amont des épreuves de dégustation, à l'évaluation sensorielle des produits : faire tournoyer le vin dans son verre pour en libérer les arômes, décrypter les nuances d’une huile de noix, etc. 

Organisé sous le contrôle de l’État pour garantir son impartialité, le Concours vise à sélectionner et primer les meilleurs produits et animaux reproducteurs du terroir français. Et il ne cesse de s’ouvrir à de nouveaux produits : la vanille en 2006, la confiture en 2013… Parfois, cela concerne aussi les bonnes pratiques agricoles. En 2014, un concours d’agroécologie a été mis en place afin d’encourager les producteurs dans leur démarche d’excellence et faire écho aux attentes des consommateurs.

En 2018, le Concours a réfléchi à la meilleure manière d’intégrer la multitude de nouvelles bières commercialisées dans l’Hexagone, mais qui ne satisfont pas à ses critères locavores puisqu’une majorité d’entre elles s’approvisionnent à l’étranger. Au final, un seuil de 60% minimum de céréales d’origine française a été fixé pour cette catégorie, ainsi qu’un engagement des brasseurs à faire progresser ce chiffre.

Une constante recherche de modernité qui n’a cependant pas entraîné la création d’une catégorie spécifique pour les produits bio. A l’exception notable du poulet, ces produits sont jugés selon les mêmes critères que leurs homologues issus de l’agriculture conventionnelle. 

Une médaille qui dope le prix de vente de 15 à 25%

Être médaillé au Concours est un honneur, mais aussi une aubaine. Le fameux médaillon dope les prix de vente de 15 à 25%, d’après le commissaire général du Concours Benoît Tarche sur France 5. Par ailleurs, il assure un excellent référencement chez les distributeurs. La preuve, la moitié des Français aurait acheté un produit médaillé en 2018. 

De quoi faire saliver les producteurs, mais aussi pousser à la fraude… C’est pourquoi l'utilisation des médailles est contrôlée deux fois par an. Des inspecteurs s’assurent qu’elles sont bien affichées sur les produits qui ont été primés, et non sur d’autres. « Nous effectuons des campagnes de contrôles sur les lieux de vente », confirme Aliaume Gallet, Chargé de projets Agro-industrie chez Bureau Veritas Certification.

Il s’agit de repérer les produits et vins arborant un médaillon, de les contrôler visuellement, de relever les éventuelles anomalies, puis de partager ces données avec les organisateurs du Concours : « nous devons auditer un panel de magasins et de références représentatif de plus de 5 000 produits primés ! Cela demande une capacité importante de déploiement dans toute la France. Chaque année, nous envoyons 15 inspecteurs dans 45 points de vente lors de deux campagnes : l’une en juillet et l’autre en septembre-octobre, au moment des foires aux vins ». C’est à ce prix que les feuilles de chêne conservent toute leur saveur.




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