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Réchauffement climatique : les toitures de demain se préparent à la multiplication des tempêtes


Alors que les changements climatiques entraînent une croissance de l’intensité des tempêtes et des vents de plus en plus violents dans l’Union européenne, une équipe de professionnels travaille à de nouvelles normes visant à rendre nos toits plus sûrs. L’occasion de comprendre comment se “fabriquent” les normes européennes. En janvier 2019, le WG3 se réunissait à Paris pour une journée de travail au sein des bureaux de Bureau Veritas Construction.

Comment reproduire en quelques heures la durée de vie d’une toiture ? Comment l’exposer, en quelques jours, à l’équivalent de 15 ou 20 hivers ? 15 mètres carrés de toiture sont introduits dans un caisson à vent, à l’intérieur duquel la puissance du souffle est progressivement augmentée – près de 20 000 fois – jusqu’à celle d’une tempête. Dans la pièce, plusieurs personnes observent attentivement comment se comporte la toiture, mesurent les rafales qu’elle semble supporter, et notent chaque détail. Ces personnes font partie du « working group numéro 3 du Comité technique 254 » (WG3), un groupe de travail chargé de concevoir des normes sur la résistance au vent des équipements d’étanchéité qui recouvrent les toitures. Leur travail, du cahier des charges initial à la réalisation du rapport définitif, est très peu connu du grand public. Et pourtant, en harmonisant un certain nombre de règles et de références entre les différents Etats membres, il est au cœur du système du Marché unique et de l’identité européenne.

Un processus long et complexe

En effet, un working group est le point de départ de tout processus de normalisation au sein de l’Union européenne. Tous les pays du continent, y compris les États non-membres tels que la Suisse ou la Norvège, peuvent y faire siéger des représentants, qui généralement appartiennent aux organes nationaux de normalisation. La première étape consiste à échanger, effectuer des tests et rédiger une première version de la norme, à travers de nombreuses discussions qui peuvent s’étaler sur plusieurs années. Ensuite, la norme est présentée au Comité technique dont relève le groupe, pour une audition au cours de laquelle les Etats membres font part de leurs commentaires et questions. Troisième étape : une fois la norme validée par le Comité technique, débute la procédure officielle qui aboutira à un vote formel par les membres du CEN (Comité européen de normalisation). Enfin, la norme, si elle a été votée, est publiée et devient applicable – en l’occurrence, celles conçues par le WG3 fournissent un cadre de référence aux constructeurs et fabricants de systèmes d’étanchéité et de toitures, tout en garantissant aux habitants une sécurité optimale. 

En janvier 2019, le WG3 se réunissait à Paris pour une journée de travail au sein des bureaux de Bureau Veritas Construction. Le sujet du jour concerne la résistance au vent des systèmes d’étanchéité soudés, par opposition aux systèmes fixés mécaniquement, pour lesquels le groupe a déjà publié une norme en décembre 2018. Ce texte sera indicatif : l’objectif étant qu’un usage régulier dans les appels d’offres publics, notamment, crée une obligation de fait. 

La difficulté à “embarquer” tous les Etats membres

Pourtant, cela fait déjà 8 années que le sujet est sur la table… « 8 ans, oui, c’est long », reconnaît Fredrik Rundgren, qui préside le WG3 depuis 2017. CEO du centre suédois de R&D Constructech, qui conçoit des solutions innovantes pour le BTP – parmi lesquelles des tests de résistance au vent, Fredrik Rundgren apporte une expertise précieuse lorsqu’il s’agit de définir une méthode de calcul de pression du vent, des indicateurs chiffrés de performance, le type et la quantité de colle à appliquer sur le toit ou encore la manière de considérer le niveau d’hygrométrie de la région concernée. Néanmoins, l’essentiel est ailleurs : « mon plus grand défi, en tant que président du groupe de travail, est de m’assurer que tous les Etats seront avec moi au moment de présenter la première version de la norme ». 

11 membres du WG3 assistaient à la réunion de janvier, représentant 8 pays – France, Suède, Pays-Bas, Suisse, Danemark, Belgique, Allemagne et Royaume-Uni – dont les intérêts respectifs ne sont pas toujours alignés. Et pourtant, « nous devons avancer », confirme Viveka Odlén. Secrétaire du groupe (et collaboratrice au SIS, l’institut de normalisation suédois), elle sait à quel point le rythme peut être plus lent qu’on ne le voudrait : « constructeurs, centres d’essai, associations de distributeurs et de consommateurs… ils ont tous leur mot à dire et nous, nous devons trouver le parfait équilibre entre coût, simplicité et sécurité ».

La prochaine réunion et les prochains tests sont prévus en mars prochain, afin de valider les derniers points avant la session plénière du Comité technique, en juillet. « Nous voulons avoir d’ici là une version qui tient la route, pour que les auditions puissent se tenir, disons, en 2020 », espère Fredrik Rundgren. On croise les doigts !




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