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Avec l’hydroélectricité, la France peut dépasser les 30% d’énergie renouvelable


La loi de transition énergétique, votée en 2015, fixe des objectifs ambitieux en matière d’énergies renouvelables. Les progrès sont encourageants et c’est en partie dû au développement de l’hydroélectricité. Les barrages hydrauliques seraient-ils une solution d’avenir ? Analyse. 

La part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique des Français a fait un bond important en 2018 (+4,1 points) pour atteindre le seuil historique de 22,7%. Pour mémoire, en 2006, on atteignait péniblement les 6%… C’est dire si le chemin parcouru est immense. Mais il est loin d’être achevé. « La loi de Transition énergétique, votée en 2015, a pour objectif de porter la part des énergies renouvelables à 32% de la consommation énergétique du pays d’ici à 2030 », explique Frédéric Dupasquier, responsable des métiers Performance HSE (hygiène, sécurité, environnement) au sein de Bureau Veritas, dont l’une des missions est d’accompagner ses clients depuis la réalisation de leurs projets en matière d’énergie renouvelable jusqu’au suivi des installations en fonctionnement.

Plus de 2.300 installations hydroélectriques 

Pour atteindre cet objectif fixé à 32%, il va falloir accélérer encore. Une multiplication des panneaux solaires et des éoliennes dans le paysage est-elle à envisager ? Sans doute , mais cela ne suffira pas. « L’avenir passe par un mix énergétique diversifié, précise Frédéric Dupasquier. Et, dans ce contexte, l’hydraulique, en offrant une production très linéaire, et sur laquelle nous pouvons garder la main, via les lacs de retenue par exemple, est vouée à prendre de plus en plus d’importance. » ajoute-t-il. 

L’hydroélectricité, à vrai dire, pèse déjà lourd. Après le bois (41,2%), elle arrive en deuxième position, en représentant déjà près de 20% de la production d’énergies renouvelables en France (voir graphique). On dénombre plus de 2.300 installations hydroélectriques dans le pays, selon EDF, dont 433 exploitées par ses soins. « Le maillage du territoire est loin d’être complet, soutient l’expert de Bureau Veritas. A court terme, au moins 300 à 400 rénovations ou créations de barrages sont à l’étude, et ce n’est encore que le début. » 

Un potentiel à explorer 

N’allez pas croire que ces implantations soient réservées aux seules zones de montagne. « Les progrès techniques sont tels que l’on trouve des barrages partout en France. Le petit et le moyen hydraulique est notamment doté d’un fort potentiel de développement. » Le petit et le moyen hydraulique ? « Nous parlons de projets allant de 50 ou 100 kW de puissance jusqu’à quelques MW », indique l’expert. A titre indicatif, sachez que le plus grand barrage de France, celui de Grand’Maison, en Savoie, affiche une puissance installée de 1820 MW. Une centrale de 150 kW permet de couvrir les besoins annuels en énergie de 250 habitants. Il s’agit donc là de petites installations, mais dont il ne faut surtout pas minimiser l’importance.

Il convient d’avoir quelques chiffres en tête : la production annuelle en hydroélectricité avoisine les 70 TWh, ce qui permet de couvrir les besoins en consommation d’électricité de 13,4 millions de foyers environ. Et France Hydroélectricité, le syndicat professionnel représentant la petite hydroélectricité, évalue le potentiel global de développement de l’hydroélectricité entre 11,2 et 12,2 TWh, soit de quoi alimenter l’équivalent d’une ville comme Paris pendant un an ! 

Une telle progression, fruit d’une volonté politique (et d’une conjoncture environnementale complexe), ne peut être portée que par les immenses progrès actuels. 

Imaginer des solutions sur mesure à l’aide des nouvelles technologies 

Une turbine, pour les barrages les plus importants, peut dépasser les huit mètres d’envergure pour un poids de plus de 300 tonnes. Elle sera évidemment de dimension ultra-réduite pour les petites installations (quelques dizaines de centimètres parfois, seulement). En vérité, chaque turbine hydraulique est unique. C’est du sur-mesure et les technologies 3D aident à s’adapter aux configurations de chacune des zones. Ce qui était hier impossible devient aujourd’hui réalisable.

Evoquons, par exemple, ces turbines VLH, Very Low Head, pour « très basse chute » que l’on voit se déployer depuis une petite décennie. Grâce à elles, une déclivité du cours d’eau d’1,5 mètre à 4,5 mètres suffit désormais pour pouvoir installer un barrage hydraulique. De nouveaux sites sont donc éligibles, quand d’autres, via des opérations de rénovations ou de remplacement des turbines anciennes, gagnent en efficacité. Bref, l’hydroélectricité est en passe de changer de visage, au rythme des chantiers de mise à niveau.

Cela ne se fait bien sûr pas du jour au lendemain, mais la révolution est en marche. Et elle en vaut la peine car, comme le souligne Frédéric Dupasquier, « Il est possible, avec les technologies d’aujourd’hui, d’améliorer les performances de 20% » Bureau Veritas, veille au suivi de la fabrication des pièces, notamment des turbines, comme à celui de leur installation sur site, ou à leur entretien régulier pour qu’elles donnent leur plein rendement, sur des durées de vie de plusieurs dizaines d’années.

De quoi ainsi être rassuré et aider à franchir le pas d’un investissement qui, de prime abord, peut paraître bien lourd. « Ces turbines de nouvelle génération peuvent coûter plusieurs centaines de milliers d’euros, jusqu’à plusieurs millions d’euros mais, en plus de l’accompagnement que nous offrons à nos clients, ceux-ci doivent avoir en tête qu’il existe une garantie d’achat de l’électricité produite par EDF Obligation d’Achat, à un prix préférentiel et fixé à l’avance, par contrat », précise l’expert de Bureau Veritas. Outre les aspects commerciaux, l’impact environnemental est à la hauteur des attentes : songez que l’eau ressort parfaitement intacte – c’est à dire non polluée – après être passée par ces barrages et chaque installation hydraulique s’adapte bien sûr à la biodiversité locale.

Le poids des 11 filières d’énergies renouvelables en France, en %.

Le poids des 11 filières d’énergies renouvelables en France, en %.

Source : Ademe, chiffres clés des énergies renouvelables - Edition 2018

Les énergies renouvelables ont représenté, en France, 22,7% de la consommation énergétique l’année dernière. Une performance réalisée par l’ensemble de ces 11 filières répertoriées (le solaire est dans ce graphique séparé en deux catégories, photovoltaïque et thermique, mais est bien considéré comme une seule et même énergie). Si le bois est la principale d’entre elles, l’hydraulique arrive juste derrière, à près de 20%.

À quoi ressemble un barrage hydraulique

A quoi ressemble un barrage hydraulique

Source : France Hydroélectricité.

Comment une centrale hydraulique utilise le déplacement de l'eau pour créer de l'électricité :

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