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Démantèlement des centrales et gestion des déchets nucléaires : un enjeu des prochaines décennies


En effet, dans les décennies qui viennent, des sites vont devoir être démantelés et décontaminés en vue de démontrer la gestion durable de la filière électronucléaire. Un travail qui demande une bonne vingtaine d’années par unité, et exige, on s’en doute, le respect de prescriptions de sécurité, de sûreté et d’environnement très pointues tout au long du chantier. Outre la sécurité, le prix de revient élevé d’une telle opération, est dépendant des procédés, des volumes et des catégories de déchets produits (environ 60% du coût du démantèlement).  Enjeu de sécurité publique et enjeu économique, le démantèlement des installations nucléaires doit se placer sous le contrôle d’un acteur indépendant. Un rôle que Bureau Veritas endosse via une structure dédiée que nous présente Richard Rialland, responsable des activités de démantèlement & déchets nucléaires chez Bureau Veritas.

Pourquoi parle-t-on de démantèlement des installations nucléaires ?
Richard Rialland : Le choix du nucléaire civil et militaire a été pris par le Général de Gaulle à la fin des années 50 à des fins de défense nationale et d’autonomie énergétique. La France qui avait de l’uranium compte, dès 1960, neuf réacteurs nucléaires (Chinon, Saint Laurent, Bugey, Brennilis) en activité. Le premier choc pétrolier va conduire le président Giscard d’Estaing au choix du « tout nucléaire » et de nouvelles centrales sont construites. Quand on sait qu’une installation nucléaire a une durée de vie limitée à 40 ans, il devient aisé de comprendre que la France doit renouveler son parc et démanteler ces installations pour prouver la gestion durable de la filière.

Combien de sites nucléaires aujourd’hui en France ?
R.R. : 58 réacteurs à eau sous pression (choix d’une technologie unique en vue d’améliorer le retour d’expérience et la sûreté) sont actifs dans 19 centrales ; un premier réacteur EPR (nouvelle génération) pourrait être mis en service en 2015 à Flamanville (Manche) suivi d’un autre à Penly (Seine Maritime). Mais il existe aussi d’autres sites nucléaires comme les installations militaires qui ont servi à la fabrication des premières armes atomiques, les unités de procédés du cycle du combustible, les unités de retraitement du combustible usé comme La Hague… Nous savons qu’en 2030, une vingtaine de tranches de réacteurs sera à l’arrêt pour démantèlement/assainissement. Un chantier qui demande une quinzaine d’années de travail, voire plus….

Quel problème pose un démantèlement ?
R.R. : Le développement de moyens sûrs et la gestion pour produire les déchets radioactifs sur une période de dix ans. L’objectif est d’arriver comme on dit : « au stade pelouse » exempt de toute contamination. Cela implique de considérer non seulement le moindre petit bout de matière de l’installation : les aciers, bétons, bois, plastiques, liquides, terres, etc. que l’on va trouver dans les structures, les équipements, les laboratoires, les tenues des opérateurs, le site, etc. mais aussi tous les déchets générés par un chantier d’une telle durée. Pour donner une idée, ce sont des dizaines de cuves à démanteler, des centaines de milliers de tonnes de déchets métalliques contaminés à gérer, des millions d’heures de travail…

Les déchets ne présentent pas tous la même durée de vie ?
R.R. : Les déchets radioactifs peuvent être classés en quatre catégories : les TFA, « très faiblement actives », les FAMA : « faiblement actives et moyennement actives », les MAVL : « moyennement actives vie longue » et les HAVL : « hautement actives vie longue ». Les TFA proviennent des bétons, gravats, plastiques, ferrailles récupérés, les FAMA (70% des déchets nucléaires) représentent les équipements liés au fonctionnement de l’installation, les MAVL sont principalement des déchets minéraux liés au traitement de l’uranium, enfin les HAVL sont les résidus de matière fissile, ils ne représentent que 0,5% des déchets nucléaires mais leur radioactivité ne disparaîtra pas avant des centaines, des milliers, voire des millions d’années. Une des premières étapes est donc de classer et déterminer le volume de matière à traiter dans chaque catégorie, sachant qu’il va falloir évaluer en parallèle le volume généré par le chantier, en vue d’un entreposage en sécurité et contrôlé pendant plusieurs années.

L’objectif est-il de réduire au maximum le volume de déchets radioactifs ?
R.R. : Oui, pour deux raisons, ils peuvent être nocifs, leur traitement et leur entreposage coûtent cher. C’est pourquoi une des premières étapes est de réaliser des mesures radiologiques qui vont permettre une qualification des points contaminés ; cela permet ensuite de déterminer les procédés pertinents pour réduire le volume de déchets à traiter : décontamination des aciers par des réactifs chimiques ou écroûtage par robot des bétons ou des terres contaminés de façon à séparer les matières radioactives et ne traiter qu’elles.

Comment traite-on la matière radioactive ?
R.R. : Il existe plusieurs procédés de traitement. Des fours à fusion permettent, par exemple, de valoriser les aciers peu contaminés et de les recycler dans d’autres installations nucléaires ; des incinérateurs sont utilisés pour les bois, les plastiques, les papiers ou les tenues de chantier contaminés pour ne récupérer qu’une faible quantité de cendres contaminées ; des évaporateurs servent à réduire les liquides en quantités infimes de matières solides contaminées ; quant aux produits de fission hautement radioactifs, la seule solution est un procédé de vitrification pour pouvoir les entreposer sous une forme inerte et sûre pendant des centaines d’années.

Où sont stockés les déchets nucléaires ?
R.R. : Sur des sites de surfaces suivis et contrôlés. Un projet d’entreposage en sol profond (plus de 500 mètres) est à l’étude dans l’Aube.

Qui est responsable des déchets nucléaires stockés ?
R.R. : Le producteur qui acquitte le coût de leur traitement, du transport, du stockage et du suivi.

Les procédures sont extrêmement réglementées, quelles sont-elles ?
R.R. : A chaque catégorie de matière correspond un entreposage précis décliné en spécifications techniques d’acceptation.
Pour les TFA, il faut constituer un dossier d’acceptation de 40 pages précisant notamment le contenu, l’emballage, le moyen de préhension du déchet. C’est grâce à ce dossier « carte d’identité » que la traçabilité du déchet tout au long de sa durée de vie va être possible.
Pour les FAMA, un dossier d’agrément de 80 pages doit être déposé avec, là encore, des dispositions spécifiques qui supposent en amont un audit et une habilitation du déchet. La durée d’obtention de l’agrément est d’environ un an.
Pour les plus nocifs – MAVL et HAVL- un dossier de connaissance de 100 pages, extrêmement pointu, décrit le déchet, le procédé de gestion, les caractéristiques du verre, la masse des produits de fission, etc.

Qui autorise le démantèlement/assainissement d’un site nucléaire ?
R.R. : L’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN). Un dossier de sûreté déposé par l’exploitant précise les différents scénarios de démantèlement et les moyens mis en œuvre. Pour pouvoir constituer un tel dossier, des études préalables de génie civil, d’assainissement et de radioactivité sont requises. Des études de tenue au séisme avant et pendant le démantèlement sont également nécessaires.

Que dit la réglementation sur les déchets produits ?
R.R. : Ils doivent être conformes aux spécifications de l’autorité de contrôle, l’ANDRA, agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs. Des procédures internes doivent être rédigées et respectées par le producteur et par tous les sous-traitants ; avec obligation de mise à jour tout au long du chantier à chaque évolution réglementaire. Par exemple, pour un déchet TFA, certains tubes doivent être positionnés à la verticale et immobilisés dans du béton selon certains critères spécifiés par l’ANDRA, il faut les connaître et les appliquer.

Bureau Veritas accompagne les producteurs dans la gestion de leurs déchets nucléaires, de quelle façon ?
R.R. : Etudes, audit, support, suivi, contrôle, sensibilisation des personnels : nous avons un éventail de services à leur disposition pour les accompagner à tous les moments d’un tel projet. Nous agissons en tant que tiers indépendant de toute maîtrise d’œuvre pour émettre un jugement vis-à-vis de la qualité de réalisation du démantèlement et de la production de déchets. Un pôle de compétence dédié s’appuie sur tous les métiers du Groupe pour pouvoir valider des scénarios de démantèlement en phase avec les contraintes de l’installation et la co-activité sur le chantier. Nous sommes aussi présents sur toutes les questions liées au transport de matières radioactives et à la gestion des déchets nucléaires.

Bureau Veritas, la gestion des déchets nucléaires et l’accompagnement des chantiers de démantèlement des installations nucléaires.

  • Le rachat par Bureau Veritas en novembre 2010 des activités nucléaires de Thémis-Ingénierie, a permis de renforcer, développer et créer des synergies entre tous les métiers de Bureau Veritas autour de la gestion des déchets et de l’assainissement/démantèlement des installations nucléaires, du début du cycle du nucléaire (construction/choix du site) jusqu’aux opérations d’assainissement/démantèlement.
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