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Connaissez-vous les 5 libertés fondamentales des animaux ? Ce label garantit leur respect aux consommateurs


Dans un contexte de food bashing généralisé, et de croissance rapide des pratiques végétariennes ou végétaliennes, les filières agroalimentaires adaptent leurs cahiers des charges afin de proposer aux consommateurs de nouvelles garanties quant au bien-être des animaux d’élevage. 

En plus des 15.000 contrôles inopinés menés par les pouvoirs publics chaque année, les filières agroalimentaires sont de plus en plus nombreuses à souhaiter se faire auditer sur l’intégralité de la chaîne de production. 

Des audits qui prennent en compte les 5 libertés fondamentales des animaux, principes énoncés en 1992 par le Farm Animal Welfare Committee, un organe consultatif britannique, et qui ont ensuite été repris par l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE). Ils constituent également le socle de la norme internationale ISO/TS 34700 sur la gestion du bien-être animal :

Quelles sont ces 5 libertés fondamentales?

Il s’agit de :

- Ne pas souffrir de la faim ou de la soif
- Ne pas souffrir d’inconfort – abris, aire de repos
- Ne pas souffrir de douleurs, de blessures ou de maladies – prévention, diagnostic rapide et traitement
- Pouvoir exprimer les comportements naturels propres à l’espèce – espace suffisant, contact avec d’autres congénères.
- Ne pas éprouver de peur ou de détresse – conditions et pratiques n’induisant pas de souffrances psychologiques. 

Objectiver pour pouvoir juger

Alors que 80% des Français jugent la cause animale importante, ces principes montrent qu’il n’y a pas un bien-être animal, mais plusieurs : « un perchoir pour les poules, des matériaux manipulables pour les porcs, un abri pour les veaux… Certaines espèces aiment évoluer en groupe, d’autres seulement à deux », décrit Alexandre Charrier, Chargé d’affaires Productions animales chez Bureau Veritas Certification. Chaque aspect doit être appréhendé et mesuré au regard des spécificités de l’espèce et du contexte, afin d’établir une référence opposable aux différentes parties prenantes. 

Or, ni la loi française ni l’ISO/TS 34700 ne se situent dans ce niveau de détail. Afin de répondre à des attentes sociétales fortes, « nous accompagnons donc les acteurs dans la définition d’un cadre suffisamment précis pour qu’ils puissent réellement agir, et prouver qu’ils agissent ». C’est ainsi que Carrefour, qui a lancé un audit de l’ensemble de ses abattoirs partenaires, a préalablement défini avec l’association OABA et Bureau Veritas le cahier des charges applicable. Et l’approche devrait se généraliser. De nombreux acteurs sont engagés depuis longtemps dans une démarche d’audit volontaire, notamment les distributeurs, coopératives ou labels pour assurer une homogénéité des pratiques chez leurs partenaires. «Le bien-être animal était la plupart du temps une rubrique dans des considérations plus larges. Maintenant, on s’oriente vers des critères plus précis, et des contrôles dédiés », constate Magalie Thebault, Responsable marché chez Bureau Veritas. Or, avant de contrôler ou noter une démarche, il est indispensable de s’assurer que les critères appréhendent la réalité du terrain. C’est pourquoi l’association OABA est une partie prenante essentielle dans la construction des audits initiés par Carrefour. 

Cette association qui œuvre pour l'amélioration des conditions d'abattage nous amène à nous poser les bonnes questions : « comment se sent l’animal dans telle ou telle condition, quel est le seuil de densité au-dessus duquel il est en souffrance, qu’est-ce qui est à la fois opérationnellement réaliste et éthiquement acceptable… il faut tenter d’objectiver le bien-être animal, et l’appui des associations est précieux », explique la responsable. 

Quand la technologie s’invite à la ferme

Si l’installation de caméras dans les abattoirs n’a pas été votée par les députés, le digital offre de nouvelles perspectives – de surveillance, mais aussi d’évaluation du bien-être animal. « Dans la mesure où on ne peut pas mettre un inspecteur 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, dans chaque ferme, augmenter le niveau de contrôle par des moyens numériques permettrait de mieux assurer le respect des bonnes pratiques », déclare Michel-Ange Camhi, Chief Data Officer chez Bureau Veritas. 

Les puces RFID permettent déjà de géolocaliser des troupeaux, et les capteurs placés à des endroits stratégiques (par exemple, près des mangeoires) ou directement sur l’animal se développent – ils recueillent des données telles que la température, les fréquences cardiaques ou encore les volumes d’air respirés. Il est donc tout à fait possible d’extrapoler ces données pour évaluer un niveau de stress, et leur associer d’autres technologies – objets connectés pour suivre en temps réel les bêtes, blockchain pour garantir l’inviolabilité des données, intelligence artificielle pour détecter les anomalies… – qui permettraient aux éleveurs eux-mêmes d’avoir une meilleure visibilité sur la santé de leurs animaux, de prévoir les niveaux de production et assurer le niveau de qualité attendu.

Cela suppose cependant d’une part de préserver la vie privée et le libre arbitre de chacun, et d’autre part de sécuriser la fiabilité des données et la pertinence des résultats. « Nous sommes le tiers de confiance qui valide la performance des capteurs, les caractéristiques des logiciels utilisés, ou encore le processus de gestion des données », ajoute Michel-Ange Camhi. 

Est-ce que les algorithmes vont à eux seuls résoudre la question du bien-être animal dans notre modèle productiviste ? Probablement pas. Mais associés à des approches répondant sur une meilleure connaissance des conditions de bien-être de chaque espèce, les pratiques vont s’améliorer. Les engagements pris vis-à-vis des consommateurs aussi.

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