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Wifi dans les TGV : un défi technologique… et moins d’ondes électromagnétiques

La SNCF déploie depuis décembre le wifi gratuit dans ses TGV.


Une prouesse qui permet de surfer sur le web à 300 km/h grâce au wifi… et d’être moins exposé aux rayonnements électromagnétiques. Explications.

 

C’est fait ! Depuis décembre, les passagers des TGV reliant Paris à Lyon peuvent se connecter au Wifi gratuitement. Et selon les médias qui ont testé le service TGV Connect en situation réelle, la connexion fonctionne à merveille. Le site spécialisé ZDNet a ainsi constaté des débits de 2 à 3 mégabits par seconde. Pas encore la vitesse dont bénéficient les Français à la maison (9,6 mégabit par seconde selon le cabinet Akamai) mais celle-là est disponible… à 300 km/h. Et elle permet déjà largement de consulter ses e-mails, de surfer sur internet, de poster sur les réseaux sociaux et même de lire des courtes vidéos (en plus de pouvoir commander au bar depuis sa place ou de consulter des services SNCF).

 

Toc Toc Toc

Cet accès internet gratuit va se généraliser progressivement d’ici 2020 à 90% des voyages en TGV. Tant mieux : selon la SNCF, 80% des clients l’attendaient. Y compris l’ex-secrétaire d’Etat au Numérique, Axelle Lemaire, qui s’était fendue en 2014 d’un tweet taquin : « Toc toc toc, la SNCF : on peut se voir pour discuter wifi dans le train ? ». Il faut dire que le service est déjà disponible dans un grand nombre de bus longue distance, et commence à se déployer à 10 000 pieds, chez plusieurs dizaines de compagnies aériennes (Air France l’a par exemple annoncé sur ses 100 appareils long-courrier, progressivement entre 2017 et 2020).

 

3e Tentative

C’est dire que le défi technologique à relever était important. En réalité, la SNCF travaille sur ce dossier depuis… plus de 12 ans. En coulisses, différentes technologies ont été testées dans les centres de recherche et développement de la SNCF. La première tentative de service Wifi remonte en effet à 2004, via le réseau téléphonique 2G, dont le signal ne s’est pas révélé assez puissant. En 2010, une connexion (payante) par satellite a été proposée dans le TGV-Est. « Mais les paraboles installées sur le train, trop fragiles, rendaient le projet trop coûteux à déployer, et la qualité du service n’était pas satisfaisante, surtout par rapport aux connexions mobiles 3G et 4G de nos clients », explique Jérémie Croyère, responsable de TGV Connect à la SNCF. Le déploiement de la 4G, dès 2012, rend de nouveau l’option réseau mobile intéressante, en qualité comme en coût.

 

18 000 antennes et 124 Km de fibre

Sur le toit de chaque rame de TGV, 60 antennes seront donc installées (soit 18 000 antennes pour les 300 TGV prévus en 2017, sachant qu’au total plus de 700 roulent chaque jour en France). Ces antennes sont chargées de capter à l’extérieur du train le signal des antennes-relais 4G des opérateurs mobiles, implantées le long des voies. Pour garantir une connexion continue (et suffisamment puissante) sur le trajet Paris-Lyon, il a fallu en faire installer une centaine supplémentaires par Orange, sur des poteaux tous les 2 à 3 km environ. A 300km/h, le TGV se déconnecte et se reconnecte ainsi… toutes les 15 secondes.

Une fois récupéré, le signal est distribué dans toute la rame via deux boîtiers intelligents logés dans la voiture-bar puis un réseau de fibre optique dissimulé dans les parois du TGV (il en faudra 124 kilomètres pour équiper les 300 rames en 2017). Des routeurs installés dans chaque wagon se chargent d’émettre le signal wifi.

 

Quelle exposition aux champs électromagnétiques?

Avec une telle densité d’antennes wifi dans un environnement confiné, le sujet du rayonnement électromagnétique a vite émergé. Comme pour tout appareil électronique émettant des ondes (téléphone mobile, TV, micro-ondes), des valeurs limites d’exposition du public sont définies depuis 2002. Comment s’assurer que la connexion wifi, tout en assurant un débit de qualité, ne les dépasse pas ? « Cette question a été éclaircie avant même le lancement de la phase de conception, répond Jérémie Croyère, on ne transige pas avec la santé des voyageurs et des agents ».

test -wifi-tgv-bureau-veritas

Des essais ont en effet été menés par Bureau Veritas dès fin 2013, dans une rame TGV duplex de la ligne Paris-Lyon, acheminée pour l’occasion dans un technicentre SNCF en banlieue de Lille. « Pour mesurer les valeurs de rayonnements électromagnétiques, nous  avons installé une sonde à une centaine de points différents, en 1ère classe, en 2nde classe, dans la voiture-bar, etc. afin de couvrir les endroits où étaient susceptibles de se tenir les voyageurs », détaille Mustafa Azbagh, le responsable technique du laboratoire de Bureau Veritas spécialisé dans les rayonnements électromagnétiques. Une nouvelle série d’essais a été réalisée fin 2014 dans un autre technicentre de la région parisienne, puis une troisième fin 2016, juste avant le lancement du service.

 

Moins de rayonnements

Bilan ? Non seulement les niveaux de rayonnement sont bien inférieurs aux valeurs limites réglementaires. Mais surtout, ils sont moins importants… que dans les TGV qui ne proposent pas de Wifi. L’explication ? « Dans un train, les téléphones mobiles émettent davantage pour essayer de capter le réseau 4G extérieur, car la carcasse métallique du train agit comme une cage de Faraday et empêche les ondes de pénétrer correctement à l’intérieur, explique Jérémie Croyère. Une fois connectés au Wifi, les appareils cessent de chercher un signal 4G, ce qui réduit considérablement leur émission de champs électromagnétiques ». CQFD.




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