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Textile : plus fort que le Made in France

Mais que se cache derrière le Made in France ? La réponse avec Emmanuelle Butaud-Stubbs, Délégué Général de l’Union des Industries Textiles.


Les produits Made in France ont aujourd’hui le vent en poupe : du Slip Français à la production labellisée, on assiste à une multiplication des initiatives pour répondre à la  volonté du consommateur de connaitre l’origine du produit qu'il achète tout en favorisant une production nationale. Mais l’appellation « Made in France » suffit-elle à répondre (pleinement) à cette aspiration ? Nous avons rencontré Emmanuelle Butaud-Stubbs, Délégué Général de l’Union des Industries Textiles pour nous éclairer sur ces questions.

Plus qu’une tendance, un véritable phénomène 

C’est la sucess story la plus étonnante de ces 10 dernières années : en 2011, Guillaume Gibault décide sur un pari de monter une société produisant des slips. Son credo ? La production 100% Française, est synomyme de qualité et de proximité avec ses clients. Et ça marche : entre 2012 et 2015, le Slip français connaît une croissance de plus de 135% par an et réalise un CA de 13,5 Millions d’euros en 2017. Pionnier dans son approche, il a été rapidement rejoint par de nombreuses Start-ups dans le textile, valorisant une production et un positionnement marketing local.

Et ils ont raison, puisque 7 Français sur 10 se disent prêts à payer 5 à 10 % plus cher un produit fabriqué en France selon une enquête Ifop. Un bel élan patriotique ? Pas seulement, car pour 75 % des personnes interrogées, acheter français c’est l’assurance d’avoir un produit de meilleure qualité*. En achetant français, on en a pour son argent.

Mais il y a un « mais ». De plus en plus enthousiastes à l’idée de consommer local, les Français sont aussi beaucoup plus exigeants en matière de transparence. Pour les marques, il ne suffit pas de se proclamer Français. « Il faut absolument montrer comment on fabrique et avec qui…  Il faut être cohérent, s’inscrire dans la durée et surtout expliquer », prévient Emmanuelle Butaud-Stubbs, Délégué Général de l’Union des Industries Textiles.

« Made in France », une appellation qui répond imparfaitement aux exigences  des consommateurs.

Juridiquement, n’est pas « Made in France » qui veut :  cet étiquetage doit respecter les règles du  code des douanes et du code de la consommation, une fois les produits commercialisés, ce sera la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) qui en contrôlera la conformité du marquage de l’origine. 

Pour autant, la définition du « Made in France » ne correspond pas vraiment à celle que les consommateurs imaginent. La mention ne signifie pas que le produit a été intégralement fabriqué sur le territoire national, ni même que la majorité de sa valeur ajoutée y a été créée.

« Dans le secteur de l’habillement, on ne raisonne pas en termes de valeur ajoutée, souligne Emmanuelle Butaud-Stubbs, mais avec des règles complexes de transformation du produit. Pour un vêtement, ce sera la dernière opération de transformation qui déterminera, l’origine du produit, c’est-à-dire la confection, et non le pays du tissu ou du fil ». Une réalité juridique qui peut être facilement exploitée pour induire le consommateur en erreur.

Le Made in France ne dit donc rien sur la chaîne de fournisseurs et sous-traitants utilisés pour fabriquer le produit. En particulier, elle ne garantit pas l’origine du tissu. « Une chemise confectionnée en France à partir de tissu chinois peut légitimement revendiquer l’origine française » indique Emmanuelle Butaud-Stubbs. Alors même que les tissus fabriqués en Europe offrent des garanties supérieures « sur la partie production, les réglementations européennes REACH (pour Registration, Evaluation, Authorisation and Restriction of Chemicals) sur les substances chimiques sont très strictes, continue Emmanuelle Butaud-Stubbs, un tissu européen sera forcément conforme et donc sans allergies et sans problèmes pour les enfants par exemple, alors que les substances chimiques dans les articles importés font l’objet de très peu de contrôles douaniers. »

Dernière limite du « Made in France », et non des moindres : les marques qui choisissent de l’apposer sur leur produit ne sont pas tenues d’être contrôlées par un tiers indépendant qui viendrait garantir qu’elles ont bien respecté les règles puisque ce sont les autorités compétentes (Douanes et DGCCRF) qui sont chargées du contrôle et l’on sait que leurs ressources ne leur permettent pas d’en faire autant que nécessaire.

Le « Made in France » ne siginifie pas que le produit a été intégralement fabriqué sur le territoire national, d’où des démarches de certifications plus ambitieuses en France à l’initiative des industriels du textile.

Emmanuelle Butaud-Stubbs, Délégué Général de l’Union des Industries Textiles

Plus fort que le Made in France : la nouvelle arme des certifications

Cette absence de traçabilité et de certification du Made in France a conduit de nombreux industriels à prendre les devants.

En 2014, des patrons de l’industrie textile régionale française créent le label France Terre Textile issu d’une réflexion régionale dans l’Est initié dès 2008. Le site Web du label affiche la couleur : « France Terre Textile » rassemble la filière autour d’une volonté commune : préserver les savoir-faire et les emplois français.

Concrètement le label exige un pourcentage de production locale de 75 %, « qui apporte la  sécurité toxicologique et le respect des standards sociaux français ». Le contrôle est effectué par un organisme tiers sur la gamme de produits labelisée et sur l’ entreprise pour vérifier ses équipements.

Quant au label « Origine France Garantie », il est né en 2011 avec un objectif clair : donner aux consommateurs une information claire et limpide sur l’origine du produit et valoriser les productions des entreprises qui respectent le cahier des charges du site de l’association Pro France. Cette dernière a désigné Bureau Veritas Certification pour les missions d'audit.

Et demain ? Ces initiatives pionnières ont lancé un mouvement qui ne devrait pas s’arrêter. Il se nourrira autant du fort désir de consommer français pour des raisons citoyennes ou écologiques, que des nouvelles possibilités offertes par la technologie en matière de traçabilité.

« Les nouvelles technologies nous permettent de faire cela beaucoup plus facilement. La Blockchain est en train d’ailleurs de permettre cette traçabilité » s’enthousiasme Emmanuelle Butaud-Stubbs. Nous saurons bientôt, en flashant un simple code, où a été récolté le coton, et qui a été associé à la fabrication d’un jean en magasin». Une technologie qui révolutionne déjà l’agroalimentaire et l’immobilier et dont aujourd’hui les grandes marques s’emparent pour lutter contre la contrefaçon.

Charles Buclon




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