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Bonheur au travail : et s’il suffisait… de bouger ?

Trajets, déplacement dans les bureaux, rendez-vous à l’extérieur… Le baromètre Paris Workplace SFL-Ifop 2018 dévoile comment la mobilité influe sur le bien-être au travail


Alors que la mobilité est au cœur des préoccupations publiques - Assises nationales de la mobilité, projet de loi présenté le 13 juin en Conseil des ministres - et que les débats sur le travail nomade se multiplient, SFL (Société Foncière Lyonnaise) a mené une enquête inédite par son envergure : 2 000 salariés à Paris et première couronne, 90 questions posées. La mobilité y est abordée de manière globale, dans une triple dimension : les trajets domicile-travail, la mobilité dans le quartier et les déplacements à l’intérieur des espaces de bureau.

Alors, le travail mobile va-t-il devenir la nouvelle norme ? Quel est l’impact de la mobilité (ou de son absence…) sur le bien-être des salariés et la performance des entreprises ? Le bureau a-t-il encore un avenir dans un monde mobile ? Le Mag Bureau Veritas publie ces chiffres édifiants : 

La mobilité au travail en passe de devenir un nouveau standard

Si les pratiques de mobilité au travail ne sont pas (encore) majoritaires, elles sont déjà loin d’être marginales. Ainsi 34 % des salariés interrogés travaillent hors du bureau au moins une fois par mois, que ce soit chez eux ou dans un tiers-lieu. 30 % ont au moins un rendez-vous professionnel à l’extérieur du bureau dans une semaine type de travail.

Mais le travail mobile ne se restreint pas aux déplacements hors du bureau. Beaucoup de salariés ne restent pas, ou plus, derrière leur poste de travail lorsqu’ils sont au bureau : ainsi 35 % affirment travailler à deux endroits ou plus sur leur lieu de travail, au cours d’une journée type : salle de réunion, bureaux de passage, espaces de convivialité, bulles de silence, etc. Quand les entreprises donnent l’occasion aux salariés de bouger, ils s’en saisissent.

Et cette tendance au travail mobile devrait s’accélérer puisque les jeunes salariés installent de nouvelles pratiques. Le fait de sortir du bureau pendant la journée pour une raison personnelle devient ainsi une norme, que ce soit pour réaliser une course dans le quartier (63 % pour les – 25 ans vs 45 % pour les + 50 ans), se rendre à un rendez-vous médical (42 % vs 35 %), voire même faire un aller-retour à son domicile (35 % vs 9 %).

Bref, le triptyque métro-boulot-dodo est bel et bien enterré pour la nouvelle génération de salariés qui fractionnent leur journée. Conséquence directe, les jeunes salariés plébiscitent les quartiers centraux, à la fois accessibles en transports et riches en services. Au hit-parade des quartiers de travail préférés, Opéra-Etoile arrive en tête chez les 25-34 ans, juste au dessus de la Défense qui bénéficie d’un regain d’intérêt depuis quelques années avec l’émergence de tiers lieux de plus en plus nombreux comme le projet Oxygène. 

POUR APPROFONDIR
Visite privée des bureaux mythiques de Blablacar par Frédéric Mazzela et de Wework par Audrey Barbier-Litvak – VIDEO
Dossier spécial : À quoi ressembleront nos bureaux demain ?

L’impact spectaculaire du travail mobile sur les salariés… et les entreprises

Un salarié qui bouge dans et hors de son bureau est-il plus heureux au travail que les autres ? Oui, clairement. Alors que la note de bien-être est de 6,5/10 pour l’ensemble des salariés, elle monte à 6,8/10 pour les salariés qui bougent dans leurs bureaux, 6,9/10 pour ceux qui bougent régulièrement hors du bureau.

La note de bien-être atteint même 7,1/10 pour les « super-mobiles » qui cumulent les  mobilités internes et externes. Pour ces salariés qui travaillent au moins une fois par mois hors du bureau ET à deux endroits ou plus au sein de leurs bureaux ET se déplacent au moins une fois par semaine pour un rendez-vous professionnel, les bénéfices des différentes mobilités s’additionnent.

La mobilité a un impact plus fort encore sur les relations sociales entre collègues et sur la culture d’entreprise. Les salariés « super-mobiles », qui travaillent plus souvent en équipe (94 % vs 73 % pour l’ensemble des salariés), ont aussi un rapport à l’autre radicalement différent. Ils sont ainsi deux fois plus nombreux à juger que « de manière générale, on peut faire confiance à une personne qu’on rencontre pour la première fois » (71 % vs 33 %).

Ils sont aussi beaucoup plus enclins à considérer leurs collègues « comme des amis, et pas simplement des collègues de travail » (50 % vs 36 %). Favoriser les mouvements, les échanges et les rencontres représente une clé importante pour les sociétés qui veulent construire une culture d’entreprise positive.

Le temps de trajet des salariés influe (considérablement) sur la performance de l’entreprise

Les salariés dont la durée du trajet est la plus courte (– 40 min) s’attribuent une note de bien-être au travail de 6,8 / 10, contre 6,4 / 10 pour les salariés ayant plus de 60 minutes de trajet domicile-travail. Signe qu’un trajet dégradé va peser sur les salariés – et sur leur entreprise – tout au long de leur journée de travail.

Lorsque les salariés sont proches de leurs bureaux, ils réinvestissent une partie du temps gagné dans les transports sur leur lieu de travail : ceux qui ont moins de 40 minutes de trajet restent en moyenne 16 minutes de plus par jour au bureau : 8 h 36 hors pause déjeuner, contre 8 h 20 pour ceux qui ont plus de 40 minutes de trajet. Cette différence quotidienne de 16 minutes représente l’équivalent de 8 jours ouvrés de présence en plus sur un an, soit plus d’une semaine et demie de travail. Pour l’entreprise, l’impact du temps de transport sur la performance économique est donc considérable.

Ce qui est vrai pour une entreprise l’est tout autant à l’échelle d’une ville – les salariés interrogés considèrent ainsi que la facilité de circulation et la qualité des transports sont les facteurs les plus importants pour l’attractivité économique de Paris (50 %), devant la sécurité (34 %), la présence d’une population active qualifiée (33 %), l’offre de loisirs (29 %), la capacité d’hébergement (18 %) ou encore la présence d’entreprises innovantes (15 %).

Paris dispose d’ailleurs d’un avantage comparatif vis-à-vis de Londres, avec un temps de trajet moyen domicile-travail inférieur de 12 minutes (chiffre issu du Paris Workplace 2016). Un atout qu’il s’agit de préserver, alors qu’une légère majorité des salariés interrogés juge que les transports publics se sont dégradés au cours des dernières années (56 % dans l’ensemble, mais 41 % seulement pour les salariés résidant à Paris).

Paradoxe : plus on est mobile,
plus on est attaché à son bureau

On pourrait se demander si l’avènement du travail mobile signe la mort du bureau. En réalité, c’est tout le contraire : plus on est mobile et plus on accorde d’importance à son lieu de travail.

Ainsi, 72 % des super-mobiles affirment que les bureaux ont été un élément important dans le choix de rejoindre leur entreprise, c’est deux fois plus que la moyenne des salariés (39 %) ! Ils sont aussi plus nombreux à juger que les bureaux ont un impact sur l’esprit d’équipe (96 % vs 82), sur la performance de l’entreprise (94 % vs 75), et sur le recrutement (85 % vs 68).

Les super-mobiles sont particulièrement satisfaits de leurs bureaux (87 % vs 73 % pour la moyenne des salariés), sans doute précisément parce que leur lieu de travail leur permet de bénéficier d’une mobilité interne (dans les bureaux) et externe (hors du bureau, grâce à une localisation privilégiée).

Les bureaux des super-mobiles sont équipés pour travailler depuis n’importe quel espace (55 % vs 15 % seulement pour l’ensemble des salariés) ; ils offrent la possibilité de bouger pour s’isoler (87 % vs 54 %) et proposent des espaces de convivialité pour échanger (84 % vs 66 %). Les super-mobiles sont en outre 2,5 fois plus nombreux que la moyenne à ne pas avoir de bureaux attitrés sur leur lieu de travail (21 % contre 8 % pour l’ensemble des salariés). On assiste donc bien à une révolution de la mobilité intérieure, qui représente un véritable défi pour les immeubles de bureaux qui devront être toujours plus performants et adaptables, en conciliant densité d'occupation, réversibilité des espaces et signalétique efficace.

Enfin, contrairement aux autres salariés, les super-mobiles jugent majoritairement que leur bureau « est un lieu de vie où ils aiment passer du temps, et pas seulement un lieu de travail » (52 % vs 38 % seulement pour l’ensemble des salariés).

La fonction sociale du bureau est déterminante à l’heure du travail mobile. Ainsi 45 % des télétravailleurs réguliers - au moins un jour par semaine - affirment qu’ils éprouvent « souvent un sentiment de solitude ou d’isolement dans leur entreprise » (contre 30 % pour l’ensemble des salariés). Le lieu de travail physique reste donc le ciment des relations sociales et du sentiment d’appartenance collective.

Le quartier de travail, la nouvelle star

Pour les salariés super-mobiles, le lieu de travail ne se résume pas au bureau, il intègre aussi le quartier de travail. Ils choisissent des quartiers centraux et accessibles (57 % de très satisfaits vs 33 % pour l’ensemble de la population), bénéficiant d’un cadre de vie privilégié (79 % sont satisfaits du cadre de vie vs 61 %) qui leur offrent aussi la possibilité de se déplacer à pied : 69 % des super-mobiles se promènent régulièrement à pied dans leur quartier de travail contre 46 % pour l’ensemble des salariés.

Et cette mobilité intra-quartier a des vertus pour leur activité business : 70 % des super-mobiles « croisent régulièrement par hasard des connaissances professionnelles dans leur quartier de travail », contre 32 % pour l’ensemble des salariés.

Attachés aux modes de vie urbain, ils ne se voient pas quitter Paris :  s’ils pouvaient choisir leur lieu de travail, 76 % préfèreraient travailler à Paris plutôt qu’en province, contre 61 % seulement pour l’ensemble des salariés.

Les salariés mobiles ne sont pas des « nomades » passant indifféremment d’un lieu de travail à un autre. Ce sont plutôt des sédentaires-mobiles, qui conçoivent leurs bureaux comme une plateforme – un lieu central essentiel pour se poser et travailler en équipe, mais un lieu qui permet un atterrissage et un décollage facile, en fonction des besoins professionnels ou personnels, situé dans un quartier de travail favorisant la mobilité́ de proximité́ et les échanges. 




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