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9 000 personnes sur un paquebot : comment garantir la sécurité ?

Comment garantir la sécurité dans un contexte de course au gigantisme des navires de croisière…


En 1994, le plus grand paquebot du monde pouvait transporter 2 500 passagers, aujourd’hui c’est 9 000 ! Qu’est-ce que ce gigantisme implique en termes de sécurité des passagers, d’impact sur l’environnement, de contraintes techniques pendant la construction, et comment peut-on vérifier tous ces aspects avant de mettre à l’eau de tels mastodontes ? Nous faisons le point avec Jean-Jacques Juenet, Responsable du marché Navires à passagers chez Bureau Veritas.

Pourquoi les bateaux de croisière sont-ils de plus en plus gros ?

Parce que le secteur des croisières connaît un vrai boom ! Les carnets de commande sont pleins au moins jusqu’en 2024, et les méga-paquebots vont devenir la norme dans les prochaines années. Ce sont d’ailleurs ces volumes inédits qui ont renforcé la réputation du français STX (chantiers navals de Saint-Nazaire) ces dernières années. Le MSC Meraviglia par exemple, livré en 2017, peut accueillir 5 700 passagers, auxquels s’ajoutent 1 500 hommes et femmes d’équipage (cuisiniers, orchestre, personnel de ménage, marins…) ! En plus, ces espaces immenses ont tendance à donner des idées folles aux architectes : atriums sur plusieurs ponts de haut, ascenseurs transparents, suites en duplex avec balcon et jacuzzi privatif… 

CC.Smalllike Symphony of the Seas, des chiffres qui donnent le vertige…

Livré le 24 mars 2018, c’est désormais le plus grand navire à passagers du monde. Il a également été construit à Saint-Nazaire par STX France, qui affirme depuis plusieurs années sa maîtrise de ce type de navire. 

- 240 000 tonnes de volume (contre 74 000 tonnes pour le plus gros paquebot du monde au début des années 1990)
- Jusqu’à 9 000 personnes transportées, dont près de 6 780 passagers et 2 100 personnels d’équipage
- 362 mètres de long
- 2 747 cabines passagers et 1 197 cabines d’équipage

Quels enjeux techniques cela implique ? 

C’est vrai que l’envergure des nouveaux navires pose de vrais défis – par exemple, il faut pouvoir évacuer en une heure, dont une demi-heure maximum pour faire embarquer les passagers sur les embarcations de sauvetage et mettre à l’eau ces dernières ! Idem pour la manœuvrabilité : nous testons des « crash stop » (freinage d’avant toute à arrière toute) et ce type de navire parvient à stopper sur une distance de deux à trois fois sa longueur, ce qui est en fait très court vu la masse et la vitesse ! Les eaux noires représentent aussi des volumes énormes, alors même que, à raison de 12 litres par jour et par personne, cela reste tout à fait raisonnable par rapport à la consommation domestique... Mais il existe des systèmes de traitement à bord, et elles sont ensuite rejetées à une certaine distance des côtes, selon les règles internationales en vigueur.

On assiste à des innovations architecturales toujours plus audacieuses

Jean-Jacques Juenet, Responsable Navires à passagers

Des vérifications spécifiques sont-elles effectuées afin de garantir la sécurité des passagers ?

Il y a déjà, structurellement, une multitude de vérifications effectuées sur un navire. Dès sa conception, il doit obtenir un certificat de classe, sans lequel l’armateur ne peut l’assurer. Ensuite, le paquebot est enregistré dans un pays, ce qui détermine son pavillon, et requiert de nombreux certificats de conformité aux règles internationales. La coque, les systèmes de propulsion, la manœuvrabilité, la protection incendie sont vérifiés. Avec la taille des nouveaux navires, le périmètre de vérification et certification est le même, mais avec un volume plus important. Rien que la revue des plans peut durer un an, il peut y en avoir jusqu’à 1 500 ! Ensuite il faut vérifier la prise en compte de nos commentaires sur ces plans (épaisseur de la tôle, type et taille de soudure, niveau d’isolation incendie d’une cloison…), et auditer la conformité des équipements : plus de moteurs à essayer, plus d’alarmes et de sécurités à tester, … Mais ce sont surtout les innovations architecturales, toujours plus audacieuses, qui représentent un défi permanent : patinoires, tyroliennes, restaurants ou théâtres sur plusieurs ponts de haut… Notre bureau d’études Tecnitas a d’ailleurs acquis un vrai savoir-faire pour démontrer que l’« alternative design » proposé est aussi sûr qu’un design plus standard basé sur les règles prescriptives les plus strictes. C’est notre objectif : des navires plus gros, plus spectaculaires, mais toujours aussi sûrs…




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