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Coupe du Monde : comment Vladimir Poutine a investi 10 Mds d’euros dans l’économie russe

Stades, infrastructures routières et aéroportuaires, augmentation des capacités hôtelières et sécurité représentent le gros des investissements du Mondial 2018


Le deuxième événement sportif mondial aura lieu du 14 juin au 15 juillet. Selon les autorités, l'organisation du Mondial 2018 s'élève à 10 milliards d'euros.

Il est loin le temps où la FIFA n'avait pas de quoi payer les ballons avec lesquels s'est disputée la première Coupe du monde de football. Heureusement, la réalité de de l'Uruguay en 1930, n'est pas celle de Russie en 2018 ! Le Mondial cette année va drainer des centaines de milliers de fans. 21 millions de touristes sont attendus cette année à Moscou dont 1 million pour la seule Coupe du Monde de football. Consommation et hôtellerie vont bénéficier de cette manne au travers d'un événement qui fera briller l’image médiatique du pays dans le monde entier. Mais surtout, le budget l'organisation du Mondial 2018 s'élève, selon les chiffres officiels, à 10 milliards d'euros. Ce qui en fait la Coupe du Monde la plus chère de l’histoire : celle du Brésil n’avait coûté « que » 8 Mds €, celle de l’Afrique du Sud 3,5 Mds €. Car le pays hôte s’engage à investir massivement pour accueillir l’événement dans les meilleures conditions. Et ce sont surtout les infrastructures qui en bénéficient.

Avec un budget de 10 Mds €, la Coupe du Monde en Russie sera la plus chère de l’histoire

Des millions par centaines pour les stades

Ainsi, directement injectés dans l'économie russe, les investissements profitent d'abord à l'économie du BTP en amont de la compétition. Très directement, en obtenant l'organisation de la Coupe du monde 2018, la Russie s'est engagée à construire neuf stades et à en rénover trois autres dans les onze villes hôtes de la compétition. Rien que la construction de l'Arena de Saint-Pétersbourg et la rénovation du stade Loujniki de Moscou auront coûté plus de 900 millions d'euros.

Ces stades recevront 3 à 4 millions de spectateurs pendant 32 jours de compétition, retransmis à des milliards de téléspectateurs (3,2, lors du dernier Mondial au Brésil) sur toute la planète. Mais ils serviront aussi pendant 20 ou 30 ans : le stade Loujniki accueillera par exemple les rencontres de l'équipe nationale ou encore des concerts à l'instar du Stade de France, construit pour la Coupe du Monde 1998. Celui de Saint Pétersbourg (68.000 places), inauguré récemment, accueille déjà les matches de l'équipe fanion, le Zénith.

Autant dire qu’il est crucial que leur conception et leur construction soit irréprochables. Il existe d’ailleurs des centaines de points de contrôle pour en vérifier la sécurité et la durabilité.

Une modernisation importante des transports

Une partie importante de ces investissements est affectée au secteur des transports. Il a par exemple fallu moderniser les routes et les lignes ferroviaires. Le président russe Vladimir Poutine a notamment annoncé, après l'attribution du Mondial à la Russie, une nouvelle route circulaire autour de Moscou et un train à grande vitesse entre la capitale, Nijni Novgorod et Kazan, avec une extension vers Ekaterinbourg, ville qui accueillera l'équipe de France pour son match contre le Pérou, 21 juin.

Les dimensions de la Russie font des transports un enjeu crucial : 3 000 km séparent le stade d’Ekaterinbourg, situé le plus à l’est, de celui de Kaliningrad, à l’ouest. Soit une distance supérieure à celle entre Paris et Moscou.

Les supporters étant également amenés à se déplacer par avion, les aéroports des villes hôtes ont également été rénovés, comme les deux principaux aéroports moscovites, Cheremetievo et Domodedovo, dotés de deux nouveaux terminaux.

En déficit hôtelier, plusieurs villes ont vu des groupes du secteur investir dans la perspective de la compétition.

Un double enjeu sécuritaire

La Russie doit faire face à deux dangers principaux : d’un côté le hooliganisme, de l’autre le terrorisme islamiste. On se souvient des scènes de combat qui avaient vu s’affronter à Marseille les hooligans russes et les hooligans anglais, lors de l’Euro 2016. Des listes noires ont été constituées, pour empêcher les ultras des équipes des pays qualifiés d’entrer en Russie, et pour les hooligans russes d’assister aux matches. Chaque spectateur autorisé sera muni d’un billet auquel est associé un Fan-ID, sorte de passeport intégrant des informations sur son identité.

Le terrorisme est une autre menace, qui s’est déjà exprimée plusieurs fois en Russie ces dernières années : à Volgograd en 2013 (39 morts), dans le métro de Saint Pétersbourg (15 morts) et en Sibérie l’année dernière (attentat au poignard revendiqué par l’Etat islamique, 7 blessés). Plus de 3 000 djihadistes russes auraient combattu en Syrie.

Les dépenses de sécurité en moyens matériels et humains de tous ordres sont donc importantes, pour ne pas perturber le bon déroulement de l’épreuve.

Un impact économique différencié selon les régions

Au-delà de l'effet d'aubaine généré par le Mondial, villes et hébergeurs devront ensuite capitaliser sur ce succès pour pérenniser leur investissement. « L’impact économique de la Coupe du monde ne sera pas le même dans toutes les villes hôtes, avance Elena Chakina, directrice du Laboratoire international d’économie à l’École des hautes études en sciences économiques de Saint-Pétersbourg. S’il devrait être insignifiant à Moscou et Saint-Pétersbourg, il sera bien plus élevé à Kazan, Ekaterinbourg et Samara par exemple, où le tourisme peine à se développer », estime cette économiste interrogée par l'hebdomadaire économique russe Expert.

Au global, les retombées touristiques et à long terme sont difficiles à prévoir, d'autant qu'elles dépendent d'autres paramètres, tels que la sécurité intérieure et le climat politique. Au Brésil, la croissance du PIB avait été de 0,5% en 2014, année de la précédente Coupe du monde de football, croissance la plus faible enregistrée depuis 2010. Quant à l'Afrique du Sud, organisatrice de la Coupe du monde en 2010, elle avait enregistré une croissance de 3% et 3,3% l'année suivante.




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