|

Mondial 2018 : comment la sécurité est contrôlée dans les grands stades de football

De la fiabilité de la construction à la hauteur de la pelouse, aucun détail n'est laissé au hasard


Avec 12 stades entièrement neufs ou rénovés, le Mondial 2018 organisée en Russie du 14 juin au 15 juillet promet un grand spectacle aux supporters comme aux téléspectateurs. Une exigence qui passe par le respect de normes strictes.

Pour le Mondial 2018, 12 stades situés dans 11 villes-hôtes de Russie, ont été passés au laser pendant leur construction ou leur rénovation. Parmi eux, le stade d'Iekatrinburg (35 000 places) est sans doute le plus étonnant avec les kops (6 000 places chacun) situés... à l'extérieur de l'enceinte sportives ! Une excentricité permise parce qu'elle répond à des normes strictes.

Sur tout chantier, un organisme de vérification indépendant doit contrôler la bonne conception, la conduite et la sécurité des travaux, et la conformité réglementaire de l'ouvrage à sa livraison. Dans le cadre d'une enceinte sportive, l'enjeu est à la foi d'assurer la sécurité et le bien-être des spectateurs, mais aussi de garantir l'intégrité des joueurs (qualité du terrain, cage...), et la qualité du spectacle pour tous les acteurs, téléspectateurs compris. Une coupe du Monde de football est avant tout une vitrine. Au-delà des 3 millions de supporters qu'elle a drainés sur place, la dernière Coupe du Monde au Brésil avait rassemblé 3,2 milliards de téléspectateurs selon la FIFA. C'est la raison pour laquelle le contrôle des enceintes sportives concerne aussi bien l'expérience supporter que téléspectateur.

Bureau Veritas connaît bien l’exercice : il a participé à la construction ou à la rénovation de 4 des 10 stades de l’Euro 2016 (Stade de France, Lyon, Bordeaux, Nice), de la Sacramento  King's New Arena aux Etats-Unis, du stade Omar Bongo (41 000  places) au Gabon, ainsi que trois complexes sportifs chinois dont un de 70 000 m2, encours de construction, situé dans  la région autonome de Mongolie intérieure. En Russie, le groupe a notamment accompagné la construction de la VTB Arena, future antre du Dynamo Moscou, qui sera inaugurée en juin et en a assumé le rôle d'assistance à maîtrise d'ouvrage, contrôlé le respect des budgets et des normes Hygiène-Sécurité-Environnement.

Voici les 10 points-clés qui peuvent être contrôlés :

1/ RÉSISTANCE AU FEU

Le contrôle technique des structures métalliques des stades visant à vérifier qu’elles peuvent résister au feu pendant au moins 90 minutes, sans se déformer, et permettre ainsi l’évacuation du public, est l'un des premiers contrôles exercés sur ce type d'ouvrage. Après des simulations par ordinateurs, vient le temps des exercices réels. Lors des tests menés dans le cadre du contrôle des stades de l'Euro 2016, des sortes de braseros avaient ainsi été allumés dans les sous-sols pour simuler l’incendie d’un véhicule.

2/ HYGIÈNE ET ENVIRONNEMENT

Avec une telle concentration humaine, impossible de laisser la place au
moindre risque sanitaire. Ainsi, la capacité d’alimentation des points d’eau doit se révéler suffisante. Et pour cause, pendant une mi-temps, des centaines de chasses d’eau peuvent être actionnées en même temps ! Pour autant, les stades doivent montrer qu’ils sont respectueux de l’environnement. Ainsi, le Stade Loujniki, où se déroulera la finale de la Coupe du Monde, a reçu la certification BREEAM (méthode d'évaluation de la performance environnementale des bâtiments). Entre autres économies d'énergie, la FIFA estime que " la technologie d'économie d'eau mise en œuvre dans ce stade permettra d'économiser des centaines de milliers de litres pendant un match à pleine capacité opérationnelle. "

3/ MOUVEMENTS DE FOULE

Depuis les catastrophes du Heysel ou de Furiani, qui ont fait des dizaines de morts et de blessés, la sécurité liée aux mouvements de supporters est renforcée. Et ce dès la conception des stades : les ingénieurs doivent donc calculer que les portes et travées sont assez larges pour permettre une évacuation fluide en cas d’incendie ou d’accident. Des mesures et des simulations le vérifient par la suite. A titre d'exemple, le Stade de France, qui dispose de 18 travées allant en s’élargissant vers la sortie, peut ainsi évacuer 100 personnes par seconde et se vider totalement (80 000 spectateurs) en 13 minutes.

4/ RESTAURATION

Question de confort autant que de sécurité, l’UEFA et la LFP (en Ligue 1) imposent 6 mètres de comptoirs de restauration par tranche de 1 000 spectateurs, afin que tous puissent se restaurer pendant les 15 minutes de mi-temps.  

30 millimètres, pas un de plus : c’est la hauteur maximale du gazon 

5/ PELOUSE

30 millimètres, pas un de plus : c’est la hauteur maximale du gazon, imposée par la FIFA. Elle peut être raccourcie jusqu’à 23 millimètres (plus elle est courte, moins les joueurs se fatiguent).

6/ BUTS

Vous pensiez que seules les dimensions des cages des gardiens (7,32 m par 2,44 m) étaient contrôlées ? La réglementation impose aussi qu’elles soient… stables : les buts d’entraînement mobiles (et « autostables ») doivent être équipés de contrepoids pour ne pas basculer, et faire l’objet d’essais de mise en service. Les buts de match, eux, doivent être… solides. Ainsi, pendant les tests, les barres transversales sont soumises à une charge verticale de 180 kg pendant une minute. Deux fois le poids d’un gardien qui s’y suspendrait pour faire quelques tractions…

7/ ÉCLAIRAGE

Pour assurer la qualité du jeu et surtout celle de la retransmission TV, on doit voir le terrain comme en plein jour, même la nuit, sans aucune ombre sur le gazon. En termes techniques, la luminosité doit être de 1 400 lux minimum sur tout le terrain, au mieux 2 300. Une alimentation de secours indépendante doit être capable de fournir au moins les deux tiers de cette intensité en cas de panne. 

8/ ACOUSTIQUE

L’acoustique des stades est un point-clé pour assurer le spectacle : on doit pouvoir entendre le sifflet de l’arbitre, et les clameurs du stade ne doivent pas perturber la vie urbaine à proximité. Ces niveaux sonores sont étudiés en amont, pendant la conception, et contrôlés a posteriori. 

9/ RÉSISTANCE AUX SÉISMES

Les stades peuvent-ils résister à des conditions extrêmes ou à des séismes de grande intensité, tout en protégeant leur public, comme l’exige les normes anti-séisme et anti-vibrations (Eurocode 8 et Iso 10137 pour être précis) ? Des logiciels puissants modélisentles stades et mettent à l’épreuve virtuellement les structures. Puis ils croisent ces données avec des tests terrain, en installant des capteurs sismiques, par exemple, pendant les matchs de Ligue 1, quand ils sont remplis de supporters agités. Dans d’autres stades, Bureau Veritas a utilisé des vibrateurs harmoniques, d’énormes machines à vérins hydrauliques capables de générer des vibrations sur les structures afin d’en étudier la réaction.

10/ ACCÈS AU STADE

Enfin, pour s’assurer à la fois de la sécurité des supporters et prévenir la fraude, les équipes de Bureau Veritas sont chargées d’une double vérification dans les stades : elles contrôlent que les entrées sont bien munies de filtres physiques (portiques, tourniquets…) et, au Stade de France, que les codes-barres des billets ne puissent être scannés qu’une seule fois.




|