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Le photovoltaïque est-il toujours rentable ?


Ces objectifs : la production d’électricité d’une part, la construction d’une filière industrielle d’autre part. Les aides à la production, particulièrement incitatives, ont conduit à une véritable flambée du marché en 2009. Depuis, le gouvernement tente de calmer le jeu. Le tarif d’achat des kWh photovoltaïques a été abaissé de 12% en août et pourrait encore être révisé… Le photovoltaïque est-il encore une opportunité ? Eléments de réponse avec Patrick Vendeville, chef de projet Energie chez Bureau Veritas.

Où en est le marché du photovoltaïque ?
Patrick Vendeville : Nous avons connu un tel engouement sur ce marché qu’un peu de régulation est nécessaire pour au moins pour deux raisons. La première est que les conditions tarifaires imposées par l’Etat ont “emballé la machine”. La seconde est que l’objectif de développement de la filière industrielle est loin d’être atteint. Résultat : en aval les acteurs se sont multipliés, en amont le nombre de concepteurs et fabricants de procédés photovoltaïques reste en France très marginal. La plupart des éléments de base des équipements sont importés, souvent de Chine.

La régulation passe-t-elle par une baisse tarifaire ?
P.V. : D’abord, rappelons que tout producteur photovoltaïque (à l’exception de site isolé et non raccordable au réseau ERDF) a la possibilité de vendre l’intégralité de sa production à EDF et qu’EDF n’a pas d’autre choix que de l’acheter à un prix fixé par l’Etat.

Quel est ce coût tarifaire ?
P.V. : Il a été calculé sur la base de tonnes de CO2 économisées et non en fonction des prix du marché de l’électricité. Le tarif d’achat varie de 314€/MWh pour les installations au sol à 580€/MWh pour de l’intégration au bâti sur les habitations. A titre de comparaison, le prix sur le marché de gros de l’électricité en France était de 56€/MWh en juin 2010 (contrat d’un MW en continu pendant un an).

Qui supporte cet avantage tarifaire consenti aux producteurs photovoltaïques ?
P.V. : Les consommateurs via la contribution au service public de l’électricité. Les demandes de contrats photovoltaïques auprès d’EDF ont explosé : elles sont passées de 18000 à 80 000 entre 2008 et 2009. En termes de “puissance totale des demandes déposées” nous sommes déjà à 90% de l’objectif que l’Etat s’était fixé pour… 2020. Rien qu’en 2010, 860 MW d’installations photovoltaïques seront raccordées au réseau selon la programmation d’ERDF. Conséquence : un coût élevé de la production d’électricité répercuté sur le consommateur1. D’où ce nécessaire coup de frein.

Quel est ce coup de frein ?
P.V. : Une première baisse en août fixée à 12% par arrêté, une autre en décembre et probablement d’autres à venir. Toutefois, pour tous les contrats signés avec EDF avant août 2010 l’offre tarifaire sur laquelle l’Etat s’est engagée sur 20 ans est maintenue.

Qui sont ces nouveaux producteurs d’électricité ?
P.V. : Les particuliers qui représentent une grosse partie des installations (44 000 demandes déposées) mais une petite puissance (3 kW en moyenne) ; des sociétés de projets (communautés d’agriculteurs, centres commerciaux) qui, dès 2006 et 2007, parce qu’elles disposent de grandes surfaces, se sont engagées dans des démarches de type industriel ; des investisseurs qui privilégient des produits rentables.

Justement est-ce toujours rentable d’investir dans le photovoltaïque ?
P.V. : Les coûts de production sont élevés comparés à d’autres formes de production d’énergie renouvelable2. Mais, selon l’Inspection Générale des Finances, les conditions tarifaires initiales cumulées à des conditions d’emprunt favorables favorisent un taux de rendement interne des projets à 10%, voire à 20% dans les régions très ensoleillées du sud de la France. Ces conditions revues à la baisse, est-ce que les nouveaux projets vont être aussi intéressants ? Aussi intéressant non, mais néanmoins l’offre de rachat reste très séduisante et un projet photovoltaïque bien pensé reste un très bon investissement.

Qu’est-ce qu’un projet photovoltaïque bien pensé ?
P.V. : Un projet avec un bon potentiel d’installation. Idéalement, une orientation adaptée, de préférence plein sud, une surface suffisante pour amortir les coûts fixes, une inclinaison entre 20 et 40°, pas de masque (immeuble de grande hauteur, arbres…) faisant ombrage… Toutefois, des projets de fermes photovoltaïques de plusieurs hectares sur des terrains plats qui simplifient la pose, l’entretien et la maintenance, valent la peine d’être étudiés.

Qu’est-ce qu’une surface suffisante ?
P.V. : Tout dépend de la technologie retenue, il existe deux familles (membranes et panneaux) qui donnent matière à des modèles techniques et économiques différents. Pour les membranes, un seuil de 1000 m2 minimum est requis ; typiquement ce sont les supermarchés, les entrepôts, etc. Pour les panneaux photovoltaïques, surtout si l’ensoleillement est élevé, quelques m2 peuvent suffire pour réaliser des taux de rendement compris entre 10 et 25%. Si vous disposez d’un terrain plat dans le Sud de la France situé en altitude et à proximité du réseau d’ERDF, lancez-vous !

Bureau Veritas propose une étude de pré-faisabilité, de quoi s’agit-il ?
P.V. : Nous aidons nos clients à évaluer la viabilité de leur projet en étudiant la compatibilité de la solution technique avec l’environnement existant et en soulignant les contraintes particulières à surmonter. L’absence de lignes de raccordement à proximité est une contrainte mais s’il y a un potentiel de toiture il faut faire le calcul…Nous estimons sur demande la rentabilité de la solution avancée.

Allez-vous plus loin dans l’accompagnement de votre client ?
P.V. : Notre client peut être un maître d’ouvrage qui porte son projet lui-même avec un maître d’œuvre, ou bien un propriétaire qui entend louer sa surface et lance une consultation pour le financement et l’installation. Dans ce dernier cas nous pouvons analyser les propositions qui sont faites pour que soit négocié au mieux le tarif de location du site.

Vous assurez également d’autres prestations ?
P.V. : Nous retrouvons là nos métiers de base. Notamment la mission de contrôle technique qui porte sur la compatibilité avec l’existant de la future installation et sur la prévention des aléas techniques lors des travaux (en particulier la solidité et l’étanchéité) dans le cadre de la garantie décennale propre à la France (loi Spinetta) ; le procédé retenu (intégration ou surtoiture) doit être examiné sous l’angle de son intégration à l’ouvrage existant. Par ailleurs, nous pouvons intervenir avant travaux, dans le cadre de recherche de matériaux amiantés ou de présence de termites. Nous réalisons également des missions CSPS3 liées non seulement à la sécurité du chantier, mais aussi aux problématiques d’accessibilité des installations lors de la maintenance des équipements. Enfin, nous assurons la vérification obligatoire de l’installation électrique lors de la mise en service (délivrance du CONSUEL4) ainsi que divers contrôles demandés par les assureurs.

1 – L’inspection générale des Finances IGF dans un rapport récent évaluait cette répercussion, si aucun changement n’intervenait, à 50€ par an pour un ménage moyen (facture annuelle de 500€ en 2009 pour une consommation de 4,5MWh).
2 – Le coût de production photovoltaïque au sol est ainsi estimé à 200€/MWh contre 60€/MWh pour l’hydroélectricité ou 70€/MWh pour l’éolien terrestre (source : DGEC)
3 – CSCP : Coordination Sécurité et Protection de la Santé, mission obligatoire depuis 1995 sur les chantiers de bâtiments et travaux publics pour préserver la sécurité des ouvriers par une meilleure coordination en amont du travail des différents intervenants.
4 – CONSUEL ou COmité National pour la Sécurité des Usagers de l’ELectricité est une association reconnue d’utilité publique qui délivre des attestations éponymes.

Bureau Veritas et le photovoltaïque

  • Conseil et analyse dans le cadre d’une étude de pré-faisabilité
  • Contrôle technique des installations
  • Missions CSPS
  • Analyse des propositions
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