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Maintenance : Comment le digital révolutionne les métiers d’inspection


Les nouvelles technologies n’ont pas fini de bouleverser l’inspection dans le secteur industriel. Les drones et autres capteurs apportent une fiabilité et une sécurité accrue pour la collecte de données, tandis que l’intelligence artificielle ouvre la porte aux analyses prédictives. Plongée au coeur d’un métier qui se réinvente.

La collecte des données et d’éléments d’état sur les équipements industriels grâce à des drones, des robots et des capteurs, « on y est déjà depuis un certain temps », affirm d’emblée Michel-Ange Camhi, Group Chie Data Officer chez Bureau Veritas. L’inspection s’avère plus simple et plus rapide à l’aide d ces outils. « Par exemple, sur les réseaux d transmission et distribution dans le secteur d l’énergie, nous avons très clairement noté un hausse significative du nombre de kilomètre de réseau inspectés dans une seule journée », ajoute-t-il.

Mais ces services d’inspection “nouvelle génération” permettent aussi de réaliser des inspections plus sûres et plus reproductibles. Les risques sont largement diminués lorsque l’on missionne un robot, au lieu d’un humain, dans des environnements dangereux tels que le toit d’un site de stockage de gaz classé Seveso, ou des pales d’éolienne à 100 mètres de hauteur dans une zone venteuse !

Le rapport final peut être disponible le lendemain des inspections

Michel-Ange Camhi, Group Chief Data officer chez Bureau Veritas

Optimiser la collecte par l’analyse des datas

Enfin, les techniques numériques de collecte permettent d’optimiser la valeur ajoutée pour le client : « pour un inspecteur qui doit constater le niveau de corrosion d’un équipement, tout ce qui n’est, ni le constat d’un ensemble d’éléments visuels ou chiffrés, ni l’analyse de tels éléments, est de la surcharge de travail, ou du temps pendant lequel ses compétences sont mal employées », rappelle Michel-Ange Camhi. C’est le cas, notamment, de certains déplacements que l’on voudrait pouvoir éviter ou qui se révèlent finalement inutiles parce que, par exemple, les règles de sécurité fondamentales n’ayant pas été assurées sur site, l’inspecteur doit rebrousser chemin ! De là à imaginer des travaux d’inspection pour lesquels les équipes d’inspecteurs seraient remplacées par une armée de robots et de data scientists il n’y a qu’un pas, que l’expert se refuse à franchir.« Nos collaborateurs, nous en aurons toujours fondamentalement besoin, car l’engagement Bureau Veritas continuera à reposer sur leur expertise » assure Michel-Ange Camhi.

Côté inspecteurs justement, ces nouvelles technologies apportent donc un surcroît d’efficacité et de sécurité, mais elles induisent aussi un changement important dans les pratiques. 

C’est pourquoi des formations spécifiques sont régulièrement organisées chez Bureau Veritas. L’objectif est de permettre aux techniciens une prise en main totale de leurs nouveaux outils afin qu’ils puissent se concentrer sur leur expertise, la valeur ajoutée réelle que les robots, les drones et les algorithmes ne savent pas copier : le conseil, l’assistance, l’écoute.

Drones, capteurs sur les machines et les infrastructures, Intelligence Artificielle… L’inspection se réinvente et devient 4.0
©Unsplash-Billetto Editorial

L’exploitation intelligente des données, l’inspection de demain

Mais l’évolution majeure que connaissent actuellement les inspections industrielles concerne surtout l’exploitation des données recueillies. Cette étape peut être, elle aussi, en grande partie numérisée, automatisée, notamment grâce à l’intelligence artificielle. 

La première conséquence de cette révolution réside dans la possibilité d’effectuer de la maintenance prédictive, c’est-à-dire d’intervenir moins fréquemment mais toujours au bon moment. Pouvoir détecter les pannes sans intervenir sur l’équipement, mesurer et anticiper les dégradations afin de mieux planifier la maintenance, c’est tout le sens du partenariat conclu fin 2017 entre Bureau Veritas et Avitas Systems (entreprise de GE Ventures). « Nous mettons en commun notre expertise des risques, dégradations, non-conformités, et leur plateforme cloud dédiée à l’inspection industrielle ». Cet assemblage de compétences va permettre au binôme de concevoir des réponses innovantes et pertinentes face aux évolutions et aux besoins du secteur : l’analyse des données est effectuée de manière automatique à travers des processus d’intelligence artificielle qui repèrent de manière rapide et fiable d’éventuelles anomalies ou dégradations, et ces anomalies potentielles sont ensuite revues et caractérisées par des inspecteurs. Cela signifie également, côté client, une optimisation de l’intégrité et la disponibilité de ses machines : moins d’arrêts de la production à des fins d’inspection, des méthodes non destructives, une meilleure planification des interventions « et, in fine, un meilleur entretien des équipements, ce qui réduit aussi le nombre d’accidents au sein de l’usine ».

Nos clients dans l’industrie ont compris l’intérêt de croiser leurs données avec celles d’autres acteurs

Michel-Ange Camhi, Group Chief Data officer chez Bureau Veritas

L’apport du numérique s’étend d’ailleurs jusqu’à la restitution des résultats, qui va désormais plus loin qu’un simple rapport : « sur le fond, nous utilisions déjà, par exemple, les jumeaux numériques pour communiquer avec le client sur l’état de son usine et les risques ; désormais, sur la forme, le processus devient extrêmement fluide et rapide. Le rapport final validé peut être disponible quasiment le lendemain des inspections, et ses résultats intégrés automatiquement aux tableaux de bord de l’entreprise », constate Michel-Ange Camhi.

La seconde conséquence importante, qui dessine le futur de l’inspection, est « le besoin plus systématique de croiser des données de différents clients pour élaborer des modèles. Et nos clients ont très rapidement compris l’intérêt pour eux ». En effet, de tels croisements permettraient de tenir compte de risques qui ne se sont peut-être jamais déclarés sur les équipements d’une entreprise donnée, mais existent ailleurs sur des actifs similaires. Demain et déjà aujourd’hui, grâce au numérique, l’inspection relie donc le particulier au général – obtenir une connaissance fine de ses machines et l’ « augmenter » grâce à d’autres situations connues, alimenter des bonnes pratiques pour tous et créer des normes communes tout en respectant la singularité des usages et de chaque environnement ! « Après tout, on nous demande de prévenir les risques de par l’expérience générale que nous en avons. S’il s’agissait de ne gérer que les risques spécifiques d’une usine donnée, le client serait presque plus à même que nous de le faire…», remarque Michel-Ange Camhi. Grâce au digital, l’inspection se rapproche donc de sa raison d’être.

 

Les drones, omniprésents dans l’industrie

Les drones, omniprésents dans l’industrie

Inspecter une passerelle à 18 mètres du sol sans avoir recours à un camion-nacelle et sans bloquer la circulation, ausculter les 2 kilomètres de conduites d’évacuation des eaux d’un stade, vérifier des zones inaccessibles sur un bâtiment sensible… Autant de prouesses réalisées par les drones en un temps 50 à 90% plus court, pour un coût à peine plus élevé et dans des conditions de sécurité optimales ! Non seulement le drone s’est fait ces dernières années beaucoup plus léger, maniable et stable, mais il ne se contente plus de voir : muni d’une caméra thermique, il peut aussi effectuer l’inspection énergétique d’un immeuble, en volant autour du bâtiment et en captant les éventuelles fuites de chaleur sur les surfaces extérieures, y compris les toitures et les zones difficiles d’accès. 

D’abord utilisés dans le monde agricole pour couvrir de grandes étendues, les drones sont désormais massivement adoptés par l’industrie. C’est ainsi que Bureau Veritas a conclu un partenariat avec Parrot en 2017, pour proposer des services professionnels par drone dans le cadre de missions d’inspection. Une histoire partie pour durer, car les deux acteurs envisagent une très grande progression des capacités et des usages de cette technologie, avec notamment le sens du toucher. Un drone avec un bras articulé, capable non seulement de voir mais aussi de gratter et prélever un échantillon, puis de le transporter entre deux points, pourquoi pas demain ? Le marché des drones professionnels est estimé à plus de 120 milliards de dollars d’ici 2020, de quoi motiver et financer les innovations les plus pointues !

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Les jumeaux numériques, des reproductions 3D bien pratiques pour piloter et entretenir les machines

Les jumeaux numériques, des reproductions 3D bien pratiques pour piloter et entretenir les machines

Bardées de capteurs, dirigées par une dose d’intelligence artificielle, les machines sont elles aussi dupliquées numériquement. Les jumeaux numériques récupèrent en temps réel toutes leurs données au sein d’une maquette virtuelle. S’ils ne représentaient à leur début qu’une « photo 3D », ils permettent aujourd’hui d’interagir avec les machines comme jamais. Piloter à distance les machines et anticiper leurs pannes avant qu’elles n’arrivent sont désormais possibles. Les jumeaux numériques permettent notamment d’effectuer des tests virtuels de résistance, par exemple sur un moteur de voiture ou sur une turbine d’avion, sans toucher aux machines (inspection « non destructive »). Un gage de flexibilité lorsqu’il s’agit de faire intervenir un ingénieur à distance, voire de sécurité dans le cas d’opérations de maintenance délicates. Qui plus est, plusieurs acteurs peuvent intervenir simultanément au sein de la maquette numérique, pour partager des informations.

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