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Internet : Ce chantier titanesque doit raccorder 18 millions de foyers au très haut débit en quatre ans


Le plan national France Très haut débit lancé en 2013 prévoit de raccorder la totalité des foyers à la fibre optique ou à un réseau de télécommunication à haute vitesse d’ici 2022. Ce qui représente un déploiement d’une échelle inégalée. A titre d’exemple, fin 2016, 66% des ménages et locaux professionnels dans les zones urbaines avaient accès à l'Internet très haut débit. Un chiffre qui n’atteignait que 31% dans les territoires ruraux (45% de la population), où va se concentrer l’essentiel des travaux. Les collectivités territoriales vont déléguer le déploiement des réseaux pour un investissement estimé de 13 à 14 milliards d’euros, dont une subvention de l'État de 3,3 milliards d'euros. Serge Marty, de Bureau Veritas, nous éclaire sur les grands chantiers mis en œuvre.

Combien de personnes sont concernées par l’installation de la fibre dans les territoires ruraux ? Et comment cela se déroule ?

La fibre est déjà déployée dans les grandes agglomérations depuis une dizaine d’année comme Paris, Lyon, etc. Il y a environ 3000 villes équipées et 10,3 millions de prises installées. Mais le potentiel est encore conséquent, car on recense près de 18 millions de foyers éligibles au très haut débit en France. Dont une grande partie est située dans les territoires plus ruraux, qui ne sont pas encore desservis. Il s’agit donc d’un chantier de modernisation titanesque. Heureusement, pour la plupart des réseaux les travaux vont s’effectuer sur des installations existantes, principalement sur le réseau France Telecom, devenu Orange. Il s’agit des lignes téléphoniques enterrées, installées le long des routes départements et communales. La fibre optique va emprunter les mêmes fourreaux. 

Des travaux de raccordement importants vont tout de même devoir être menés ?

Oui, la limite étant que ce réseau existant n’est pas suffisamment étendu. Il va falloir aller plus loin, creuser des tranchées jusqu’au domicile de chacun. Cela implique des chantiers de génie civil un peu partout. Pour les communes et communautés de communes, c’est beaucoup de travaux en perspective. Dans ce cadre, Bureau Veritas s’occupe par exemple du suivi hygiène et sécurité. Car lorsqu’on creuse et effectue des modifications sur la chaussée, il est nécessaire de mener des diagnostics amiante pour l’enrobé par exemple, et faire des carottages. 

Tous les territoires difficiles d’accès auront-ils la fibre ?

Il existe un mix de différentes solutions. Par exemple dans les Pyrénées et les zones montagneuses, il y a beaucoup de zones blanches, c’est-à-dire non couvertes. Pour les raccorder, on ne passe pas par de la fibre mais par un réseau d’antennes. On procède à l’héliportage de pylônes avec des paraboles, qui vont émettre un signal sur une portée de 5 à 10 km. La fibre arrive jusqu’au pied du pylône, et ensuite le signal est transmis par antennes paraboliques qui font jusqu’à 1,2 m de diamètre. Ce sont des fréquences spécifiques, mais la technologie existe déjà, c’est celle utilisée pour la tv numérique. D’ailleurs, en parallèle du déploiement de la fibre, les discussions entre les différents opérateurs téléphoniques doivent entraîner l’installation de 5000 nouveaux pylônes dans les quatre ans pour compléter le maillage du réseau.

Quel rôle jouent les pouvoirs publics ?

Chaque département créé sa propre structure (syndicat numérique du Loiret, syndicat numérique du Gard, etc.) et donne concession sur 25 ans (on parle d’affermage) à un opérateur comme Orange, SFR, Bouygues Telecom, Free, ou quelques opérateurs plus locaux. C’est une délégation de service public complète qui englobe la construction des sites, la mise en service et l’entretien courant durant 25 ans, et la mise à niveau des équipements au cours du contrat. Si l’on prend l’exemple du Sud-Ouest, les départements du Lot, de la Lozère et de l’Aveyron se sont réunis dans une structure commune. Cela représente plus de 350.000 prises à raccorder. La durée d’un chantier, sur une plaque FTTH (Fiber to the home, c’est-à-dire fibre optique raccordée au domicile), représente environ 6 mois de chantier. Sur ces trois départements, il y a au total 1200 points de desserte à couvrir. Qui vont donc nécessiter chacun 6 mois de travaux. Et en parallèle, il faut respecter le cahier des charges défini en amont, la sécurité sur les chantiers, la qualité de service. Le tout à faire d’ici 4 ans !

Quel élément est le plus problématique à gérer devant une telle masse de travaux ?

En termes d’équipement, on n’observe pas de grandes révolutions, les techniques employées et la technologie sont connues. La véritable problématique repose plutôt sur la capacité à fournir assez de fibre. Le plan national est lancé et tous les opérateurs ont démarré des travaux pour être prêts en 2022. C’est un délai très court et chez les sous-traitants, la crainte est finalement de se retrouver à court de fibre !




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