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Grand Paris Express : ce que vont devenir les 45 millions de tonnes de déblais


Le « projet du siècle » va générer 45 millions de tonnes de déblais. Bureau Veritas Exploitation réalise des contrôles extérieurs environnement pour les maîtres d’œuvres et des audits de second regard pour le compte de la Société du Grand Paris. Une enquête menée par Le #MagBV : 

8 pyramides de Kheops, 9000 bassins olympiques de 2 mètres de profondeurs, 45 millions de tonnes, une augmentation de 10 à 20% par an de la production totale de déchets issus des chantiers franciliens : quelle que soit la façon dont on envisage le sujet, les déblais générés par le Grand Paris Express donnent le vertige. Si le premier coup de pioche date de 2016, le projet n’en est qu’à ses débuts, et les chiffres impressionnent. Quatre nouvelles lignes de métro automatisé sur un réseau de 200 kilomètres, 68 nouvelles gares et 6 centres d’exploitations… C’est pharaonique. « Il a fallu près d’un siècle pour réaliser les 200 km de lignes du métro parisien. Nous avons l’ambition de construire un réseau d’une longueur équivalente en 15 ans ! » prévient Thierry Dallard, président de la Société du Grand Paris, maître d’ouvrage de ce nouveau projet du Siècle.

2 200 sondages souterrains ont été réalisés pour connaître la qualité des sols avant leur excavation 

Stéphane Gaffié, chargé de mission Direction du développement durable à la Société du Grand Paris

« Dans le cadre des études de conception, plus de 2 200 sondages souterrains ont été réalisés pour connaître la qualité des sols avant leur excavation », compte Stéphane Gaffié, chargé de mission Direction du développement durable à la Société du Grand Paris. Résultat : 66% sont inertes, 12% sulfatés, 20% non inertes non dangereux, et 2% pollués.

La Société du Grand Paris se doit d’effectuer un suivi détaillé de l’ensemble de ces déblais, et s’assurer qu’ils sont bien acheminés jusqu’aux différents exutoires en vue de leur revalorisation ou de leur élimination. Là encore, les chiffres sont colossaux : chaque jour, des milliers de tonnes de déblais seront évacuées vers des filières de traitement ou de stockage, nécessitant une évacuation par camions, mais aussi par le rail ou transport fluvial.

En matière de gestion des déblais, l’engagement est triple :

  • > Mettre en œuvre une traçabilité rigoureuse de tous les déblais
  • > Privilégier les modes de transport alternatifs à la route lorsque cela est envisageable
  • > Valoriser au maximum les déblais vers les filières les plus intéressantes pour la société

En termes de traçabilité, en plus des analyses que doivent réaliser les groupements de travaux, les MOE peuvent en faire en complément dans le cadre du contrôle extérieur :

«Nous effectuons des contrôles extérieurs pour des équipes de maîtrise d’œuvre sur différentes thématiques (déblais, eaux, bruits, air ambiant…), explique Moncef Rahal, chef de projet chez Bureau Veritas Exploitation.  Pour les prélèvements déblais nous pouvons intervenir dans plusieurs cas de figure : sols en place, sur entreposage, en fosse ou sur tas, voire même dans un équipement de transport (barge, camion/benne, wagon…)

Une mission que Bureau Veritas accompagne de près. « Nous avons déployé un outil informatique interne, MAIA+, disponible sur des tablettes de nos collaborateurs sur les chantiers, détaille le chef de projet. En quelques minutes et de manière quasi immédiate, nous pouvons envoyer au client les premières données du prélèvement, localiser la prise de l’échantillon, et associer une photographie du point de prélèvement ».

Afin d’assurer cette traçabilité exemplaire, la Société du Grand Paris a développé et imposé l’utilisation d’un outil informatique partagé par les différents acteurs de la gestion des déblais (de l’entreprise à l’exutoire) TIREx sur les chantiers du Grand Paris Express et qui regroupe les informations sur les quantités et les caractéristiques qualitatives des terres excavées permettant un suivi au jour le jour des déblais des premiers échantillonnages à leur valorisation ou élimination. Une petite révolution qui évitera 1,5 million de bordereaux papiers… La Société du Grand Paris demande également que les déblais soient pesés à la sortie du chantier.

Une deuxième vie pour les déblais du Grand Paris Express, c’est l’objectif fixé pour 70% des terres excavées à l’échelle du projet du GPE. Un processus qui commence très en amont, avant même les premiers coups de pelle.

Les prélèvements de déblais sur site puis leur analyse en laboratoire permettent aux maitres d’œuvre de vérifier la cohérence avec les analyses des groupements travaux qui dirigent les déblais vers différents types de filières, selon des seuils réglementaires que les entreprises se doivent de vérifier avant d’évacuer les déblais :

Les filières de valorisations sont privilégiées, parmi lesquelles :

  • > Réutilisation sur site ou sur d’autres chantiers (reste une faible proportion)
  • > Réaménagement de carrières de granulats (notamment pour les inertes)
  • > Réaménagement de carrières de gypse (pour les déblais sulfatés)
  • > Projet d’aménagement urbainsFilières industrielles (cimenteries et plâtrerie notamment)

À Chelles et Montfermeil une ancienne carrière va être réaménagée avec l’aide de déblais de la Ligne 16 à partir de 2020 

Stéphane Gaffié, chargé de mission Direction du développement durable à la Société du Grand Paris

Pour les milliers de tonnes de déblais, le voyage ne fait que commencer. Une fois analysés et aiguillés, de nombreux usages sont possibles en fonction de la composition des matières. « À Chelles et Montfermeil, le parc du Sempin, ancienne carrière de gypse, va être réaménagé avec l’aide de déblais de la Ligne 16 à partir de 2020. D’autres projets d’aménagement urbain sont également à l’étude et en discussion », détaille Stéphane Gaffié.

Des objectifs de valorisations sont déclinés par marchés de travaux de génie civil. Ils sont assortis de bonus ou de pénalités financières selon qu’ils sont dépassés ou non atteints, pour inciter les entreprises à valoriser au maximum.

« Bureau Veritas réalise également des audits de second regard environnement et des contrôles de la gestion des déblais et de la mise en œuvre des mesures de respect de l'environnement dans le cadre de la réalisation des travaux des lignes 15, 16 et 17 du Grand Paris Express, il s’agit d’une première pour ce type de projets poursuit Moncef Rahal.

En tant que tierce partie indépendante nous auditons l'application des procédures mises en place par les entreprises, et leurs sous-traitants ainsi que les maîtres d'œuvre, en regard des objectifs et des spécifications de la SGP en matière d’environnement, de gestion des déblais, notamment du respect des règles de traçabilité des déblais et de l'utilisation de l'outil partagé TIREx.




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