|

Datacenter : quelle solution pour éviter des pannes électriques à 11 000 euros la minute ?


Lieux de stockage des données des entreprises, les datacenters ne sont pas des infrastructures comme les autres : en cas de panne, ce sont des pans entiers de notre économie digitalisée qui cessent de fonctionner ! Comment s’assurer que ces situations ne se produisent (quasiment) jamais ? Grâce à un processus de qualité extrêmement minutieux : le commissioning. Les explications d’Hicham Lahmidi, Responsable Technique & Développement de la marque Arcalia chez SOD.I.A., filiale du groupe Bureau Veritas. 

Que désigne le terme le « commissioning » que vous employez pour désigner les processus de réduction des risques sur les infrastructures ?

Ce mot vient de la construction navale. Il désigne les étapes nécessaires pour qu’un navire soit apte à prendre la mer : que son équipement soit correctement conçu, installé et testé, que les problèmes de mise en œuvre soient identifiés et corrigés, mais aussi que le futur équipage soit correctement formé, à sa navigation comme à sa maintenance. Nous sommes donc au croisement entre la construction, la réduction de risques et la performance.

A quelle étape de la construction intervenez-vous ?

Le commissioning n’est pas qu’une simple « dernière vérification », le processus s’étend de la phase de programmation jusqu’à la première année d’exploitation, en passant par la conception, la construction, l’exploitation, la mise en service. Nous intervenons également sur des ouvrages déjà en exploitation, idéalement tous les trois ans, pour corriger les anomalies et optimiser le fonctionnement des installations techniques. Les grands acteurs informatiques américains tels que IBM, les GAFA ou Microsoft ont été les premiers à exiger le commissioning de manière systématique pour tous leurs datacenters, et cette pratique s’impose peu à peu en Europe.

 Le test final avant ouverture du data center consiste à couper l’alimentation électrique alors que tous les systèmes sont en marche. C’est le moment de vérité !

Hicham Lahmidi, SOD.I.A. filiale du groupe Bureau Veritas

Quels sont les enjeux spécifiques du data center ?

J’en citerais d’emblée trois : l’efficacité en termes de coût et en termes d’exploitation du site, la sécurité – celle du site et celle des données hébergées, mais tout d’abord, la qualité et la continuité de service. Elles sont extrêmement importantes pour des infrastructures qui conditionnent l’accès à l’économie digitale. En 2017, des milliers de passagers ont été bloqués dans un aéroport, des centaines de vols étaient retardés ou annulés à cause d’une panne électrique dans un data center de British Airways. A dire d’expert, les pertes financières liées à une panne électrique dans un data center s’élèvent à 11 000 euros par minute ! C’est pourquoi nos interventions s’inscrivent toujours dans des objectifs de performance et de qualité de service, par exemple, moins d’une demi-heure d’arrêt par an. 

« Le commissioning permet l’implication d’une expertise additionnelle, qui offre une assurance et un confort dans l’exploitation très précieux, surtout quand – et c’est le cas pour IBM – on porte des engagements clients très forts en termes de taux de panne ou de résilience. Les designers ne pensent pas toujours suffisamment à la validation et la maintenance des équipements, tandis que les experts du commissioning ont de la valeur ajoutée pour prédire et optimiser le fonctionnement des installations par rapport au cahier des charges. Par conséquent, lorsque nous créons des salles [de serveurs], le Groupe Bureau Veritas est impliqué dès la phase de design. C’est une « paire d’yeux » supplémentaire pour s’assurer que les conditions d’exploitation et de maintenance des équipements seront optimales »

Denis Rigaill, Responsable de programmes infrastructures chez IBM

Examinez-vous aussi les aspects environnementaux ?

Oui, c’est un quatrième enjeu qui émerge ces dernières années et prend une importance croissante. Les datacenters sont de plus en plus critiqués pour leur consommation énergétique, laquelle devient un enjeu d’image très fort pour les exploitants. Dans un data center déjà en service, nous sommes intervenus sur la température et les débits de climatisation, ce qui s’est traduit par des économies de plus d’un million d’euros sur deux ans et, surtout, une amélioration du PUE* de plus de 15%.

Le commissioning n’est-il pas redondant avec les contrôles qualité classiques ? 

Non, parce que notre accompagnement, lui, se déroule tout au long du projet. Et il inclut par exemple la conception de manuels d'exploitation et de maintenance des systèmes. Par ailleurs, en phase de réception, les conditions ne sont parfois pas propices à des contrôles qualité sereins. Les équipes de l’entreprise cliente peuvent subir une certaine pression pour démarrer l’exploitation au plus tôt, tandis que les différentes sociétés de construction ont généralement consommé l’intégralité de leur budget, parfois même leurs équipes sont déjà engagées sur d’autres chantiers… En tant qu’autorité de commissioning, nous intervenons de manière indépendante et ne sommes pas soumis à ces contraintes. Cette posture, ce recul, sont déterminants pour la pertinence de notre travail.

*Le Power Usage Effectiveness est le ratio entre l’énergie totale consommée par le datacenter et l’énergie utilisée par les équipements informatiques (serveur, stockage, réseau). En moyenne, le PUE des datacenters français est de 2,5, ce qui signifie que pour 1 Watt consommé par l’informatique, il faut 2,5 Watt à l’entrée du data center. 

La marque Arcalia, une expertise mondialement reconnue

- représente en France l’entreprise Primary Integration (PI)

- prestations de conseil à l’exploitation et la maintenance de data centers pour plus de 50 clients : Amazon, IBM, Facebook, Bank of America, JP Morgan, Microsoft...

- une des premières entreprises « certified building commissioning firm » en Europe 

- plus de 750 projets de commissioning, dont plus de 500 concernant des datacenters (et 150 en exploitation)




|