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BTP : un examen pour éviter les 100 000 endommagements de réseaux annuels

Eviter les endommagements de réseaux par un examen


Télécommunications, électricité, gaz, eau... Le sous-sol français est "truffé" de réseaux en tout genre. Afin d'éviter les incidents lors travaux de terrassement ou de sondage, les personnels impliqués devront obtenir une attestation AIPR d'ici début 2018, dans le cadre de la nouvelle réglementation DT-DICT (arrêté du 22 décembre 2015).

 

Un mort et 40 blessés à Lyon, un mort et 52 blessés à Bondy, 5 blessés à Noisy-le-Sec... Ces incidents de la fin des années 2010 ont tous les mêmes causes : tuyauterie de gaz endommagée à cause de travaux, fuite, puis explosion.

Des accidents de ce type,  il s'en produit 4 500 tous les ans pour les canalisations de gaz – 100 000 si l'on prend en compte l'ensemble des réseaux. Tous ne connaissent pas une issue aussi dramatique. « Mais cela reste dangereux, d'autant qu'il arrive souvent que les opérateurs, ne souhaitant pas occasionner des retards sur les chantiers, ne les signalaient pas toujours », confie Germinal Lefebvre, formateur spécialiste du BTP à Bureau Veritas.

 

Pour limiter les incidents, le gouvernement a engagé une série de réformes « DT-DICT », dite réforme anti-endommagement, ayant conduit à la mise en place des dispositifs suivants :

 

Depuis 2012 :

- un Guichet Unique, pour centraliser toutes les informations sur les réseaux en France

-la simplification du formulaire à adresser par le maître d'ouvrage d'un chantier à l'ensemble des exploitants de réseaux à proximité dans le but de localiser les emplacements des réseaux

-la création d'un observatoire national DT-DICT

 

D'ici le 1er janvier 2018 :

- l’obligation de disposer d’une Certification pour toutes les entreprises effectuant des relevés topographiques des réseaux neufs ou modifiés (recolement) ou Investigations complémentaires de détection

- la nécessité d’être titulaire d’une Autorisation d’Intervention à Proximité des Réseaux (AIPR) pour contribuer à des travaux à proximité de réseau. Elle est délivrée par l’employeur en se fondant sur au moins l’un des modes suivants :

  1. le salarié dispose d’un titre, un diplôme, une qualification ou un CACES datant de moins de 5 ans qui prend en compte la réforme anti-endommagement
  2. le salarié possède une attestation de compétences délivrée après un examen par QCM dans un centre d’examen reconnu par l’État, et datant de moins de 5 ans

Ce dernier volet de la réforme impacte directement les entreprises. Tous les acteurs intervenant sur un chantier à proximité des réseaux sont concernés - le maître d'oeuvre, l'entreprise de travaux, l'exploitant de réseaux, le maître d'ouvrage, le paysagiste, la collectivité territoriale.

Ils  doivent s’assurer que leurs salariés dont la qualification ne répond pas aux critères  de compétence évoqués précédemment obtiendront cette attestation AIPR –qui permettra de leur délivrer l’Autorisation AIPR.

"Concepteur", chargé du suivi ou du contrôle de l'exécution des travaux, "encadrants", "opérateurs" : chaque fonction est concernée et doit faire l’objet du test qui lui est propre. Ainsi, 130 000 professionnels devront obtenir leur AIPR d'ici le 1er janvier 2018... sous peine de ne plus pouvoir travailler sur les chantiers.

 

Le candidat se présentant au test théorique sous forme de QCM doit obtenir au minimum 60 % du total de points correspondant à des réponses bonnes, c’est-à-dire: 48 points sur 80 pour les «Concepteurs» et «Encadrants»; 36 points sur 60 pour les «Opérateurs».

Ce qui peut apparaître comme une contrainte pourrait se révéler très utile. "Avec des personnels formés, de l'ingénieur jusqu'au conducteur d'engins, il sera bien plus rare de tomber sur une canalisation souterraine dans un chantier, explique Christian Boutin, directeur métier formation à Bureau Veritas. Au cas où cela arrive encore – car le risque zéro n'existe pas – les personnels sauront comment réagir en cas de problème.”

 

L'examen n'est pas le même pour les "concepteurs", les "encadrants", ou les "opérateurs". Mais, dans les trois cas, le spectre de connaissances à assimiler est assez large :

- connaissance des métiers : rôles de chaque catégorie de métier du BTP

- compétence des personnels : champ d'action de chaque catégorie de métier du BTP

- déroulement d'un chantier : du début à la fin, les différentes étapes d'un chantier

- cartographie : différents tracés des réseaux sur les plans (type de réseaux, intersection avec routes, pentes…)

- connaissance des endommagements : différents types de réseaux et conduite à tenir en cas d'incident

- réglementation : connaissance des principaux textes relatifs aux réseaux (sensibles, non sensibles …).

 

L'examen n'est pas une simple formalité. Depuis le 18 janvier, date du début des sessions, seulement 25 à 30 % des “encadrants” et des “opérateurs” ont réussi le test. Les autres devront attendre au minimum deux mois pour passer de nouveau le test.

Pourquoi s’y prendre dès maintenant ? Pour tout examen par QCM passé avant le 1er janvier 2018, le délai de validité de l’attestation de compétence correspondante débutera au 1er janvier 2018, et non à la date de l’examen.

 

"Le mieux est de suivre une formation avant de passer l'examen", conseille Christian Boutin. Il existe en effet des préparations d'une journée ou deux à l'examen de l'AIPR. Elles peuvent avoir lieu au sein des entreprises. Ainsi, 80 salariés d'EITF, une filiale de Vinci, ont d'ores et déjà suivi la formation dans leurs locaux de Proville, dans le Nord. Il est aussi possible de venir assister à des formations dans l’un des 30 centres Bureau Veritas en France (Bureau Veritas étant membre de la fédération de la formation professionnelle - FFP). La  formation est d’ores et déjà disponible en commande accessible en ligne sur le site formation de Bureau Veritas.

 

Durant la formation, les 380 questions susceptibles d'être posées à l'examen sont toutes examinées. "De plus, nos 50 formateurs sont ingénieurs ou inspecteurs, tous habitués des chantiers qui connaissent bien le travail de terrain", poursuit Christian Boutin.

 

Le taux de réussite des "encadrants" ayant suivi la préparation passe à 83 %, et celui des "opérateurs" à 62 %. Un score deux à trois plus élevé que pour les candidats n'ayant pas suivi de formation.

 




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