|

Construction: ce que la technologie BIM a déjà révolutionné sur les chantiers


Utilisé dès la phase de conception, la maquette BIM qui constitue un véritable clone numérique d’un bâtiment permet de visualiser l’ensemble des informations liées à un projet. Le Mag fait le point sur les avancées liées à ce logiciel dans la conception des bâtiments et ce qu’il induit en termes de révolution des pratiques !

Visiter son bureau avant la pose de la première pierre, connaître la température de la pièce en fonction de l’heure, anticiper la moindre transformation en ayant tout le catalogue des normes à observer et à portée de clic, regarder le flux des collaborateurs au quotidien ou en situation exceptionnelle alors que les murs ne sont pas encore érigés…les logiciels BIM permettent d’anticiper ce que sera le bâtiment à sa livraison.

BIM, pour « building information modeling » constitue un clone numérique qui suit chaque bâtiment comme son ombre, des premières esquisses à la livraison du produit fini, et même au-delà… BIM permet une gestion efficace du bâtiment offrant ainsi aux utilisateurs ou aux résidents la possibilité de vivre dans des espaces optimisés. 

C’est simple, la construction et la promotion immobilière vivent ce que les industries automobile et aéronautique ont connu avec l’arrivée des logiciels de CAO. La conception, le travail en équipe, les maquettes, les prototypages, la construction… Tout change et voici pourquoi.

 
Le gain le plus important du BIM concerne l’exploitation
et la maintenance du bâtiment

Anne-Laure de Chammard,  Directeur général de Bureau Veritas Construction

Le BIM est un logiciel collaboratif qui agrège toutes les informations nécessaires à la construction d’un édifice : des murs de l’architecte aux tuyaux du plombier, en passant par les indications réglementaires du contrôleur technique… Ce sont autant de strates qui se superposent, s’imbriquent et communiquent entre elles. 

Depuis avril 2016 et la réforme du droit de la commande publique, les projets utilisant le BIM sont en forte augmentation en France, passant de 5,39 % en 2013-2015 à 15,34 % en mars 2018.

Encore en phase d’adoption dans l’Hexagone, le BIM est obligatoire au Royaume-Uni depuis 2016 pour les bâtiments publics, tout comme aux Pays-Bas depuis 2012. Singapour, leader mondial dans la numérisation et l'automatisation de la délivrance des permis de construire, fait office de premier de la classe : 76% des entreprises du bâtiment utilisaient déjà le BIM en 2013. En Chine, le chantier du nouveau Planétarium de Shanghai est un modèle du genre. La France a tout intérêt à poursuivre ses efforts et se mettre au diapason. Le BIM promet des gains pouvant aller jusqu’à 20% des coûts de construction.

POUR APPROFONDIR
Planétarium de Shanghai : quelle est cette maquette en 6 dimensions qui a servi à sa construction ?

Pour les professionnels, le BIM impose une phase de conception globale très en amont de la construction, donc une étroite collaboration des différents corps de métiers avant même qu’ils ne mettent le pied sur site. Bénéfice : les problèmes peuvent être anticipés dès avant le chantier. Les éventuels retards et surcoûts induits sont limités pour toute la chaîne des acteurs de la construction/promotion. Avec la réalité virtuelle, on peut même directement inspecter un lieu et détecter les erreurs, pendant la phase de conception. 

L’aménagement intérieur du bâtiment est aussi simplifié. L’ensemble des produits utilisés, de la porte au robinet, en passant par la plaque d’isolation, est numérisé directement dans un catalogue recensant des milliers de produits de fournisseurs. Outre l’évaluation très fine du prix et de l’espace nécessaire, toutes leurs caractéristiques techniques sont intégrées et digérées par la maquette : performance énergétique (et donc le bilan environnemental), coûts de maintenance, sécurité… 

« Le gain le plus important du BIM concerne l’exploitation et la maintenance du bâtiment », assure Anne-Laure de Chammard,  Directeur général de Bureau Veritas Construction. « Cela oblige les parties prenantes à réfléchir dès le début en cycle de vie complet, et de s’obliger à penser à la valeur globale de l’ouvrage sur toute sa durée de vie. Pas simplement de se demander comment on va réaliser des économies en construisant mieux et plus vite d’un côté tout en oubliant les impacts de ces décisions sur la maintenance, les coûts énergétiques, l’entretien et le renouvellement du bâtiment. » 

Ce rôle central du logiciel, partagé par une multitude d’acteurs et de fournisseurs, impose un tiers de confiance pour garantir à chacun l’exactitude des informations échangées. 

« Tous nos métiers, nous les appliquons au BIM, depuis la formation des professionnels à cet outil à la vérification de la qualité des maquettes, à la certification de la conformité de maquette par rapport à ce qui a été réellement construit, etc., ajoute Anne-Laure de Chammard. Nous garantissons aux architectes, aux maîtres d’œuvres, aux entreprises intervenantes que ce sur quoi ils travaillent est juste et que les données sont fiables. »

 
C’est le couplage des objets connectés avec le BIM qui va faire la différence 
pour les utilisateurs et la maintenance du bâtiment

Anne-Laure de Chammard,  Directeur général de Bureau Veritas Construction

La tâche est colossale, comme le montre le chantier de la ligne 16, branche Est du Grand Paris Express sur laquelle intervient Bureau Veritas. Entièrement conçue en BIM, la ligne compte 9 gares, 29km de tunnels entièrement modélisés par 100 personnes au total. Tout y est, la structure, le chemin des câbles, le béton, les rails, au millimètre près... De quoi identifier les conflits entre intervenants, d’autant qu’à chaque modification d’un tiers, la maquette est mise à jour chez l’ensemble des utilisateurs, et consultable sur tablettes, casque de chantier vissé sur la tête.

La gestion des contraintes de normes et de sécurité en est grandement simplifiée. Bureau Veritas a ainsi développé un outil qui contrôle en temps réel que la maquette numérique est conforme à la réglementation. Pas de porte coupe-feu à cet étage ? La maquette prévient directement. « Dans notre domaine du contrôle en construction c’est une mini-révolution comparable à l’invention du correcteur automatique d’orthographe sous Word », assure Anne-Laure de Chammard. 

POUR APPROFONDIR
Grand Paris Express : ce projet qui va diviser le temps de transport par 2
icheck, « une mini-révolution comparable à l’invention du correcteur automatique d’orthographe »

C’est l’un des intérêts du BIM : de nombreux « plug-in » peuvent lui être ajouté : l’un permet de mesurer, en fonction de la saison et de l’heure, les effets du vent sur une structure, un autre agrège toutes les données thermiques, que ce soit en fonction de l’épaisseur d’un mur ou de la qualité d’un double vitrage, certains calculeront directement le prix d’une cloison, et sa résistance à l’humidité, alors qu’AcoubatBIM par exemple, calcule l’isolement acoustique d’unprojet, le niveau de réverbération dans chaque pièce, etc. Et à chaque fois que l’on décide de modifier l’emplacement d’une porte, tout est recalculé automatiquement… le gain de temps est phénoménal.

L’objectif du BIM est aussi de faciliter l’intégration des objets connectés et de la domotique "qui permet de gérer le chauffage à distance en fonction de l’ensoleillement, de la température, ou en fonction de l’occupation ou non des pièces, détaille Anne-Laure de Chammard. À travers la maquette, on peut visualiser et contrôler toutes ces informations et, par exemple, se rendre compte que beaucoup de bureaux sont vides ou que le parking est saturé à certains moments de la journée ».

« Quand on ne s’intéressait qu’au chauffage, ou qu’au taux de remplissage, chaque donnée était indépendante. Là, ces informations sont centralisées et communiquent entre elles. C’est le couplage des objets connectés avec le BIM qui va faire la différence pour les utilisateurs ». Une révolution qui n’en est qu’à ses débuts.

ARTICLES LES + LUS



|