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Ascenseurs centenaires de la Tour Eiffel : pourquoi vous ne tomberez pas dans le vide

Le chantier de mise en conformité des ascenseurs les plus visités du monde est lancé, et devrait durer 5 ans


Un nouveau chantier de rénovation de la Tour Eiffel est lancé. Parmi les différents aspects, il s’agit de mettre en conformité les fameux ascenseurs de la Dame de fer vis-à-vis des directives européennes, un véritable défi puisqu’ils sont d’origine et donc pas nécessairement en phase avec l’environnement réglementaire d’aujourd’hui ! Msadek  Belattek et Sofiane Belkebir, en charge de cette mission chez Bureau Veritas, nous racontent l’histoire de ces ascenseurs pas comme les autres.

Des ascenseurs uniques au monde !

Les ascenseurs de la Tour Eiffel permettent d’accéder au monument le plus visité du monde… Transportant déjà les visiteurs sur les hauteurs de la Ville Lumière lors de l’ouverture de la Dame de fer en 1889, ils sont intimiment associés à son histoire. Ce sont de vraies stars, avec leurs 7 millions de visiteurs par an ! Très sollicités, ils parcourent chaque année plus de 2 fois et demie le tour de la Terre, et ne peuvent donc pas se permettre de tomber en panne : d’ailleurs, confie Msadek Belattek, « ils ne sont jamais tous opérationnels en même temps, il y a des rotations ».

Objets hybrides, quelque part entre l’ascenseur, le funiculaire et le téléphérique…

L'ascenseur système Fives-Lille montant les visiteurs du sol au 2e étage
L'ascenseur système Fives-Lille montant les visiteurs du sol au 2e étage

Autre particularité, ces ascenseurs sont quasiment d’origine : ceux des piliers Est et Ouest, notamment, ont été installés par l’entreprise Fives en 1899 ! Ils représentaient un formidable exploit technique pour l’époque, et continuent de traverser le temps. Leur grand âge en fait des équipements tout à fait uniques à notre époque, voire bizarres : « ils circulent sur une pente variant entre 50 et 80 degrés alors que dans la définition réglementaire la pente d’un ascenseur ne peut pas excéder 15 degrés ! », constate Sofiane Belkebir. De fait, ils se situent quelque part entre l’ascenseur, le funiculaire, le téléphérique… « C’est du cousu main ! ». Continuellement réparés, graissés et modernisés, ils sont toujours opérationnels et atteignent la vitesse tout à fait honorable de 2 mètres par seconde : c’est plus rapide qu’à pied mais on peut profiter de la balade. 

 

Un fonctionnement génial !

La cabine passagers est « portée » par un chariot. Ce chariot est fixé à des câbles, et il monte grâce à système de poulies qui tire les câbles vers le haut. Par ailleurs, la cabine est maintenue verticale grâce à un système de redressement : il s’agit de deux pistons qui créent un mouvement horizontal grâce à un circuit hydraulique – ce dernier jouant également le rôle de contrepoids. 

En 1986 ce circuit hydraulique a été remplacé par des moteurs hydrauliques à huile, mais la rénovation entamée en 2008 va permettre de revenir au principe initial tout en améliorant la performance environnementale. Le circuit hydraulique sera alimenté par un fluide écologique, ce qui diminuera significativement les quantités d’eau nécessaires au refroidissement.

 

Un véritable casse-tête réglementaire !

La Société d’exploitation de la Tour Eiffel souhaite obtenir le marquage CE – qui signifierait qu’ils satisfont aux différentes directives européennes applicables – afin d’être en ligne avec ce qui se fait de mieux en termes de sécurité. Un véritable défi pour ces équipements hybrides, qui, de par leur conception, ne rentrent dans aucune case réglementaire. « Dans les immeubles classiques, le palier ne mesure pas plus de 3 mètres de hauteur », rappelle Msadek Belattek, « tandis qu’ici il y a 116 mètres entre le sol et le deuxième étage, auxquels s’ajoutent l’inclinaison, la situation en extérieur… ». 

 

Ascenseurs de la Tour Eiffel : montez en toute sécurité !

 

L’ambition est donc de « se rapprocher autant que possible » des différents textes, et des meilleures pratiques. Un beau numéro d’équilibriste. D’ailleurs, la mission doit suivre le projet pendant 5 ans ! « Le temps de réaliser les travaux, qui sont complexes », explique Sofiane Belkebir.

Suite à l’état des lieux en référence à la loi française SAE (Sécurité des Ascenseurs Existants), qui s’est achevé en octobre 2017, une première séquence d’adaptations est en cours. Ensuite débutera l’examen au regard des directives européennes, qui envisagent l’équipement aussi par rapport à son environnement : configuration du lieu, ergonomie, conditions d’utilisation, etc. Encore des travaux à prévoir. « Ce sera le plus long », affirme Msadek Belattek. Enfin, la dernière étape sera la réception des travaux et son lot d’essais. « Nous devrons nous assurer que tout ce qui a été techniquement prévu a effectivement été installé, bien installé, et conforme. Nous bouclerons ainsi la partie administrative – schémas, certifications, plans, traduction de documents, habilitations des prestataires, compte-rendu d’essais… – qui va permettre de déposer une demande de marquage CE ». Et qui offrira une seconde jeunesse à ces ascenseurs centenaires !

 

Voir et vivre la Tour Eiffel de demain grâce à la 3D !

Les abords de la Tour Eiffel vont être réaménagés d’ici 2023. La Ville de Paris, qui a lancé cet appel d’offres, va utiliser une maquette 3D intelligente pour visualiser et donc mieux comprendre, éventuellement corriger, les hypothèses de conception retenues par les différents soumissionnaires. Cet outil sera également ouvert aux Parisiens afin qu’ils s’approprient les différents projets en compétition. L’objectif du modèle numérique 3D, conçu par la société Autodesk, est de travailler non seulement sur les aspects visuels, mais aussi sur l’expérience des visiteurs sur l’ensemble du site de la Tour Eiffel (54 hectares). 




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