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Quatre réponses de l’agroalimentaire à la défiance des consommateurs


Entre le bio, le bien-être animal, la consommation locale… Le marché de l’alimentaire s’engage pour redonner confiance à des consommateurs qui s’interrogent sur ce qu’ils mettent dans leur assiette.

Le 56e Salon de l’Agriculture ouvrira ses portes le 23 février, rassemblant, comme tous les ans, les agriculteurs, les producteurs et toutes les parties prenantes des filières alimentaires et agricoles françaises. Et plus que jamais, le secteur doit prendre les devants pour répondre aux enjeux environnementaux et éco-logiques aujourd’hui questionnés, et s’organiser pour rassurer les consommateurs.

« Le marché du bio existe depuis longtemps maintenant, mais ce qui est nouveau depuis quelques années, et qui se renforce, c’est la pression des consommateurs mais aussi des ONG, qui se fait de plus prégnante, et qui reçoit davantage d’échos sur les réseaux sociaux », analyse Nicolas Karam, Vice-Président de Food Service Line chez Bureau Veritas.

Selon une étude de la société Kantar de septembre 2018, les deux-tiers des Français sont inquiets de la « sécurité des aliments ». Au total, moins d’un ménage sur trois affirme avoir confiance en ce qu’il met dans son assiette. « C’est une baisse de cinq points par rapport à 2017 », déplore le spécialiste. La défiance habite les garde-mangers... et les consommateurs.

Que ce soit au niveau des labels bios, de la consommation locale, du bien-être animal ou des marques dites « de consommateurs », il est nécessaire de rassurer. Voici donc les 4 principales réponses explorées par l’industrie agroalimentaire.

22% des nouveaux produits alimentaires sont "verts"
Nicolas Karam, Vice-Président de Food Service Line chez Bureau Veritas

1. Toujours plus de « bio »

22% des nouveaux produits alimentaires sont "verts". Les plus grands industriels sont convertis. « Le marché européen est un marché mature, avec une concurrence exacerbée, ajoute Nicolas Karam. Cela conduit les entreprises à chercher de nouvelles sources de valeurs, et donc d’investir le segment du bio». À ce jour, 22% des nouveaux produits alimentaires qui arrivent sur le marché sortent avec des allégations environnementales, contre seulement 1% il y a 10 ans. Mais cette profusion de nouveautés et de revendications rend le secteur obscur.

Difficile pour les consommateurs de s’y retrouver. « On a souvent tendance à croire que ‘bio’ signifie local et de meilleure qualité gustative et nutritionnelle. Ce n’est pas toujours vrai : 30% des producteurs labellisés bio ne font pas de vente directe. » Pour ce qui est du sain, inutile de préciser qu’une pâte à tartiner, aussi bio - et bonne - soit elle, est souvent aussi grasse que les autres…

Autre source de confusion, les productions dites « HVE », pour Haute Valeur Environnementale « c’est-à-dire la reconnaissance officielle qu’une exploitation applique des bonnes pratiques environnementales. Mais cela n’a rien à voir avec le fait que le produit soit bio ou non », ajoute le spécialiste. La reconnaissance HVE étant encore nouvelle, les consommateurs connaissent encore peu sa signification, ce qui trouble les choix lors des achats en rayon.

2. Toujours plus de « local »

Une autre tendance est en très forte augmentation : la consommation locale. Mais là encore, le trouble existe. « On peut relever deux penchants sur le marché : l’émergence des circuits courts, et celui des labels régionaux. C’est sur ce deuxième point que la confusion a lieu », prévient Nicolas Karam. On est toujours « le local » de quelqu’un, et l’éloigné d’un autre. Alors beaucoup de labels régionaux se développent, telles que les AOP (Appellation d’Origine Protégée), sans prendre en compte une notion de kilométrage par rapport au lieu de production.

Un label régional garantit, en grande partie, une origine et un processus de fabrication. Mais il ne garantit pas que le produit ait été fabriqué à proximité de son lieu de consommation. « Tout cela se rationalisera peu à peu et les contrôles, déjà, se multiplient, observe Nicolas Karam. Nous effectuons des audits pour la restauration collective, pour que les organisations qui revendiquent des produits locaux puissent prouver ce qu’ils avancent. »

3. S’engager sur le bien-être animal

Concernant le bien-être animal, c’est LA tendance des derniers mois. « Elle est très récente, mais se propage très vite, particulièrement dans les filières viande et volaille. Sur 110 entreprises alimentaires du secteur, 80% d’entre elles ont des engagements. Et la moitié a établi des critères chiffrés », décrit le vice-président de Food Service Line.

L’un des principaux engagements : l’élimination du confinement, c’est-à-dire le fait de donner plus d’espace aux animaux. Mais dans ce domaine aussi, il n’existe pas encore de référentiel précis de certification. L’organisme Mondial de la Santé Animale a fixé un guide en se basant sur des recommandations diverses, privées qui varient donc d’un pays à un autre. « Mais peu à peu, on avance vers des standards reconnus internationalement. Déjà, on peut noter que tous les producteurs qui se sont développés sur le bio ou parfois ayant la reconnaissance HVE ont fait une partie du travail », commente Nicolas Karam.

4. Toujours plus de « transparence » 

Enfin, dernière tendance, celle de marque « de consommateurs »  dont le cahier des charges des produits est établi de manière collaborative, à l’image des produits C’est qui le patron ?. « Mais encore une fois, cela demande de prouver sa crédibilité, d’être transparent sur qui est derrière, sur la rémunération des éleveurs et tous les autres paramètres », affirme Nicolas Karam.

Sur le marché de l’alimentaire, il est plus que jamais indispensable de prouver ses actes. « Le Green Washing n’est plus possible. Les consommateurs peuvent vérifier via des applications de plus en plus nombreuses, commenter, communiquer entre eux beaucoup plus facilement, et ils sont beaucoup plus intransigeants en cas de manquement. Le recours à un tiers de confiance permet de démontrer la véracité des allégations », conclut Nicolas Karam.

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