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4 pistes suivies par les experts pour prévenir les pénuries d’eau

Optimiser l'irrigation, traquer les fuites, recycler davantage et trouver de nouvelles sources


En 2025, près d’1,8 milliard de personnes vivront dans des pays ou des régions qui connaîtront une pénurie d’eau absolue. Plusieurs actions pourraient améliorer la gestion de l’or bleu.

 

Un déséquilibre de 40 % entre l’offre et la demande d’eau. C’est l’estimation choc de la Banque Mondiale pour l’horizon 2030. A ce rythme, l’eau pourrait bien devenir le pétrole du XXI siècle. Les principales causes ? D’abord les besoins croissants de l’agriculture.  Aujourd’hui 70% des prélèvements d’eau sont en effet destinés à ce secteur. Et avec 9 milliards de bouches à nourrir d’ici 2050, on s’attend à ce que la production agricole augmente encore de 60% et les prélèvements en eau de 15%. Deuxième facteur de préoccupation ? L’accroissement prévisible des besoins en eau pour la production d’énergie (1,3 milliard de personnes sont encore privées d'électricité). Autre élément d’inquiétude : l’urbanisation croissante qui entraine souvent une surexploitation des nappes phréatiques. Plusieurs actions pourraient néanmoins améliorer la gestion de l’or bleu.

 

Action n°1 : Recycler l’eau

 « Dans la Station Spatiale Internationale, l'eau pour se laver et boire et celle provenant des urines est la même depuis des années ! » rappelle Richard Connord, rédacteur en chef du rapport mondial des Nations Unies « Les eaux usées ; une ressource inexploitée ». Inexploité, ce gisement l’est en effet. De plus en plus de villes prennent cependant conscience de son potentiel. Comme le rappelle le service d’information de l’ONU, la capitale de la Namibie, Windhoek, traite ainsi 35 % de ses eaux usées qui viennent alimenter les stocks d’eau potable. A Singapour et à San Diego, en Californie, on boit aussi de l’eau recyclée. En Jordanie, 90 % des eaux usées traitées sont utilisés pour l’irrigation agricole et, en Israël, 50% des terres irriguées le sont avec une eau recyclée.

 

En 2030, il y aura un déséquilibre de 40%

entre l’offre et la demande d’eau.

 

Action n°2 : Optimiser l’exploitation de l’eau

Faire pousser des légumes dans l’aride ceinture céréalière australienne, le pari n’était pas gagné d’avance. La compagnie Wide Open Agriculture l’a cependant relevé avec brio. Son secret ? Une serre avec toit rétractable qui limite l’évaporation et un système d’irrigation goutte à goutte qui n’utilise que 10% de l’eau que requerrait une culture à champ ouvert. La France n’est pas en reste dans ce domaine. En avril dernier, ladepeche.fr évoquait l’annonce, par la coopérative Arterris  (25 000 agriculteurs en Occitanie et PACA), du lancement d’une application qui permettra d’éviter les cas de sur-irrigation ou de sous-irrigation. Les agriculteurs n’ont qu’à saisir les informations concernant leurs cultures (variété, date de semis, type de sol etc.). Le système les croisera avec diverses données météo (précipitations, jours d’ensoleillement etc.) pour évaluer les besoins hydriques en temps réel.

 

Action n°3 : Trouver de nouvelles sources d’approvisionnement

Récupérer de l’eau dans… l’air, c’est l’action ingénieuse qu’a entrepris l’association Dar Si Hmad dans les zones montagneuses de Sidi Ifni au Maroc. Là-bas, explique Le Parisien, les précipitations sont faibles, en revanche, la brume s’y trouve en quantité. L’association a mis au point de vastes filets de polyéthylène capables de piéger cette humidité. En novembre dernier, 6300 litres d’eau étaient récupérés chaque jour, ce qui permettait d’alimenter 400 foyers. Les habitants qui devaient auparavant marcher 3 heures pour accéder à un puits peuvent même désormais jouir du confort de l’eau courante.

 

En France, 20% de l’eau potable se perd à cause de fuites dans le réseau

 

Action n°4 : Traquer les fuites dans le réseau.

En France, 20% de l’eau potable se perd à cause de fuites dans le réseau !  Si les plus importantes se repèrent facilement, ce n’est pas le cas des plus petites qui, cumulées, entrainent des pertes importantes. La solution ? « Planifier de façon plus intelligente les inspections des canalisations », affirme Julian Piquemal, ingénieur spécialiste en gestion de l’intégrité de Bureau Veritas qui effectue déjà ce travail pour des entreprises du secteur Pétrole et Gaz (Total, TIGF, Engie etc.) et qui le propose désormais à celles du secteur Eau. Les différentes portions d’une canalisation n’ont en effet pas toutes les mêmes caractéristiques et ne présentent donc pas les mêmes risques.

Les experts Bureau Veritas se chargent de passer au crible tous les facteurs qui pourraient influer sur leur capacité de résistance. « Nous étudions d’abord les paramètres relatifs à la canalisation elle-même : type de matériau, revêtement, diamètre etc. », explique Julian Piquemal. D’autres caractéristiques telles que la profondeur des canalisations ou le type de sol sont également analysées. « Nous prenons aussi en compte l’environnement : des tubes placés en zone urbaine peuvent par exemple plus facilement être endommagés par des travaux tiers», précise l’expert Bureau Veritas.

 

En France, 20% de l’eau potable se perd

à cause de fuites dans le réseau !

 

L’historique des inspections est également passé au crible. « Nous analysons enfin certaines données d’exploitation. Des variations dans la qualité de l’eau peuvent par exemple signaler des cas de corrosion », ajoute Julian Piquemal. Cette analyse permet de diviser la canalisation en plusieurs segments (chacun ayant des caractéristiques différentes de ceux qui l’entourent). Le risque présenté par chacune de ces portions sera ensuite évalué. « Cela permet de bien prioriser les inspections. Les portions présentant un risque élevé devront être vérifiées le plus vite possible. Et il sera possible de planifier en amont les inspections pour les portions présentant un risque modéré » fait valoir l’expert Bureau Veritas. De cette façon, les ressources de maintenance seront allouées plus intelligemment. Toutes ces actions servant un seul objectif final : économiser les ressources d’eau.

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