Dans les coulisses de la contrefaçon moderne

Attention aux cadeaux que vous offrez : les trafiquants se sont professionnalisés et les copies sont très sophistiquées. Face à eux, les institutions multiplient les contrôles

Finies les copies grossières de marques de luxe. Aujourd'hui, les contrefaçons sont devenues des répliques parfaites vendues sur des sites grand public. D’où une forte hausse de faux produits, dans tous les secteurs. Les fabricants et les Etats s’organisent pour riposter, avec les experts de Bureau Veritas.

 

Foulard Hermès, sac Louis Vuitton, montre Rolex... Vous pensiez que la contrefaçon ne concernait que les produits de luxe ? Un coup d'oeil au palmarès des marchandises contrefaisantes les plus saisies par les douanes françaises en 2015 vous prouvera le contraire : les vêtements (plus de 750 000 faux) arrivent en première position, suivis des chaussures (600 000), des téléphones mobiles (530 000) et des produits de soin corporel (410 000). Au total, 7,7 millions de contrefaçons ont été stoppées aux frontières françaises l'an dernier. Presque trois fois plus qu'il y a 10 ans.

Cette augmentation témoigne-t-elle d'une efficacité accrue des services de douane ? Pas seulement. Elle est également liée à une montée en puissance de la contrefaçon.  « Le phénomène a changé de dimension ces dernières années. Il s'est industrialisé, explique Delphine Sarfati, directrice générale de l'Union des fabricants (Unifab), association française de lutte anti-contrefaçon qui réunit 200 entreprises. « En effet, si la contrefaçon « bas de gamme » - de pâles copies des produits authentiques, de mauvaise qualité et bon marché – existe toujours, une contrefaçon plus professionnelle s'est développée en parallèle. »

Des méthodes de plus en plus sophistiquées

Ainsi, des réseaux criminels se sont emparés de cette activité. « La contrefaçon peut être très lucrative, pour une peine qui reste limitée – désormais 7 ans de prison et 750 000 euros d'amendes - en comparaison des  trafics de drogues ou d'êtres humains », analyse Delphine Sarfati. L'Unifab a même démontré dans un rapport publié en janvier 2016 que la contrefaçon sert à financer le terrorisme.

Les méthodes employées par les contrefacteurs sont donc plus professionnelles.  Pour ne pas attirer l'attention des forces de l'ordre, certains trafiquants acheminent désormais les produits « nus » et les logos séparément, pour les assembler au dernier moment. D'autres recouvrent le faux produit d'un tissu ou d'un plastique, qui est retiré une fois le contrôle effectué.

 « En plus, les contrefacteurs se calquent sur le modèle marketing des sociétés classiques », poursuit Delphine Sarfati. Ainsi, le produit est difficilement reconnaissable. En apparence, c'est une copie conforme. Le prix est quasiment le même. »

 

 
Attention à Noël : la contrefaçon touche les jouets, les huîtres et le champagne !

Compliqué donc de ne pas se laisser piéger. Près de 4 consommateurs sur 10 ont déjà été trompés, pensant acquérir un produit original.

La période des achats de Noël mérite une attention toute particulière : les contrefaçons sont partout, et là où on ne les attend pas. Les produits auxquels il faut être le plus attentif : les jouets – 3,7 millions d'article stoppés par les Douanes européennes en 2015 -, les vêtements, les parfums. Et... les aliments ! « Les grandes marques de foie gras et d'huîtres sont allègrement copiées à cette période», confie Delphine Sarfati, de l'Unifab. Tout comme les grands vins et le Champagne.  

Mais les fêtes coûtent cher – 577 euros par ménage pour Noël 2015. Alors pourquoi rechercher absolument un cadeau authentique ? « La ressemblance n'est qu'apparente, explique Vincent Travers, directeur de la Vérification de la Conformité chez Bureau Veritas. Avec une vraie marque, les matériaux sont de qualité, les méthodes de fabrication optimales, et le produit fini conforme aux règles et normes en vigueur. A l'arrivée, le consommateur est protégé. »

Se méfier des sites de soldes et des marketplaces* 

Les conseils pour distinguer le vrai du faux ? « Les sites internet dont le nom contient « soldes », « pas chers », « moins chers » sont presque tous des vendeurs de contrefaçon », révèle Delphine Sarfati. Autres indices : des fautes d'orthographe ou un service après-vente sans numéro de téléphone qui n'est pas domicilié en Union européenne.

Attention également  aux grands sites marchands qui proposent aux vendeurs indépendants de distribuer leurs produits sur leur « marketplace »*. En 2009, Price Minister avait ainsi procédé au blocage de 2 661 comptes pour contrefaçon ou atteinte à des réseaux de distribution sélective, portant sur 242 marques.

 

 
50 indicateurs pour détecter la contrefaçon 

Mais un particulier peut difficilement être sûr à 100 % qu'il achète un « vrai » produit. Les bureaux de contrôle doivent ainsi employer les grands moyens pour détecter une contrefaçon à coup sûr. Dans le cadre de son activité Services aux gouvernements et de commerce international, Bureau Veritas dispose ainsi d'une équipe de plus de 1 500 contrôleurs chargés d'identifier les produits non conformes, dont notamment les contrefaçons. Leur mission ? Empêcher les faux produits d’entrer sur le territoire d'une vingtaine d'Etats d'Afrique et du Moyen-Orient qui ont fait appel à leurs services.

Pour être sûrs de ne pas se tromper, ces experts du faux utilisent un système de notation très complexe. « Une cinquantaine d'indicateurs sont ainsi étudiés, puis pondérés en fonction du degré de risque », confie Vincent Travers. En exclusivité, voici un aperçu de ces critères, qui devraient vous aider à faire le tri : 

-  les marques à forte valeur ajoutée. Les produits les plus contrefaits restent ceux dont l'écart entre le coût de revient et le prix de vente est le plus important. Attention donc aux marques haut de gamme, qu'il s'agisse de vêtements ou de high tech.

-  un pays d'expédition éloigné du pays de fabrication. En toute logique, une marchandise de marque française ou italienne envoyée depuis l'Asie doit éveiller les soupçons.

-  des marchandises identiques, mais dont le logo diffère. Les contrôleurs Bureau Veritas dénichent régulièrement dans une même expédition des produits identiques en tous points, mais avec des marques différentes et souvent concurrentes. Vigilance si un site internet vend ces faux jumeaux.

-  des obligations non respectées. Dans la plupart des Etats, les produits doivent suivre un certain nombre d'obligations réglementaires. Cela inclut des marquages facilement vérifiables, comme la composition d'un produit alimentaire, du pays de fabrication d'un vêtement... Sans ces indications, le bien a de grande chance d'être un faux et de présenter des risques pour la santé et la sécurité de ses utilisateurs.

-  des étiquettes ou emballages suspects. Les contrefacteurs ne maîtrisant pas toujours le français, il est parfois possible de trouver des indications absurdes ou contradictoires sur le produit. Comme deux pays de fabrication différents par exemple.

 

Les chiffres étonnants de la contrefaçon

338 milliards d'euros de marchandises échangées en 2013, soit 2,5 % du commerce mondial

6 milliards d'euros perdus chaque année par les entreprises françaises

7,7 millions de produits saisis par la douane française en 2015, contre 2,7 dix ans plus tôt

87 % des produits saisis par les douanes françaises en 2015 viennent d'Asie

7 ans de prison et 750 000 € d'amende pour les contrefacteurs (en France)

 

* Les grands sites marchands désignent sous le terme de « marketplace » l’espace qu’ils réservent sur leur site à des vendeurs indépendants moyennant une commission prélevée sur leurs ventes.