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Lancement de fusées : la méthode d’Arianespace pour battre des records

Sa fiabilité est son atout numéro un


La société a terminé l’année 2016 en battant le record de lancements successifs réussis d’Ariane 5. Un succès en grande partie lié à l’excellente fiabilité de ses équipements et de son mode de fonctionnement.

 

Soixante-seize lancements réussis à la suite, c’est l’impressionnant record qu’a battu Ariane 5 en décembre dernier. Un succès qui est non seulement sans précédent dans le monde spatial mais qui est également d’une importance stratégique. La construction d’un lanceur est en effet une œuvre longue, complexe et coûteuse. Elle sert des projets de grande envergure (ex : mise sur orbite de satellites d’observation de la Terre, de satellites télécoms ou militaires etc.). Le moindre échec peut par conséquent avoir d’importantes répercussions. Le concurrent SpaceX aux Etats Unis en a d’ailleurs récemment fait les frais : une explosion en septembre dernier a non seulement détruit son lanceur Falcon 9, mais aussi un satellite de 200 millions de dollars.  

L'atout numéro un d'Arianespace : sa fiabilité

Assurer et améliorer la fiabilité de ses équipements a toujours été un objectif crucial pour Arianespace. La société ne laisse d’ailleurs rien au hasard. « Nos équipements sont régulièrement inspectés afin d’éviter tout incident », explique Vince Veilleur, chef de département Sécurité et Environnement d’Arianespace Guyane. Les experts du groupe Bureau Veritas ont en charge l’ensemble des vérifications réglementaires des ensembles de lancement (Ariane, Vega et Soyuz). Ce sont eux, par exemple, qui opèrent la vérification des dispositifs de protections contre la foudre. «Une fusée sur son pas de tir est remplie d’environ 450 tonnes de poudres (propergol) mais aussi d’ergol et de charge pyrotechnique. Les protections mises en place sont donc absolument nécessaires. Sans elles, il y aurait un risque que des équipements soient endommagés voire que le lanceur soit détruit», rappelle Eric Vanoverbeke, chef de service Inspection et Vérification en Service Guyane au sein de Bureau Veritas. Lui et son équipe se chargent par ailleurs d’opérer les vérifications périodiques sur toutes les installations électriques. «Là encore, c’est important : la perte d’une ligne d’alimentation d’un équipement, même mineur, pourrait être la cause d’un report de tir», confie l’expert.

 

Des lancements minutieusement programmés

Les lancements de fusées sont eux aussi scrupuleusement contrôlés. La veille, la fusée est transportée du bâtiment où elle a été assemblée jusqu’à son pas de tir. Là, les équipes opèrent les dernières connexions, l’armement et  les vérifications finales.  La base est à ce moment-là sous surveillance militaire renforcée et un hélicoptère opère un contrôle permanent du site (cf : le site CNES - CSG). Les techniciens et les ingénieurs mettent ensuite le lanceur en configuration de tir. Et quelques heures avant la mise à feu, toutes les personnes qui ne sont pas indispensables au lancement sont évacuées. Grâce à ce souci permanent de la sécurité et du détail, la réputation de fiabilité d’Arianespace n’est plus à faire. La société a néanmoins prévu d’améliorer encore son mode de production. 

Réduire les coûts en conservant une qualité à tout épreuve

Pour diviser le coût de son futur lanceur Ariane 6 de moitié sans nuire à sa qualité, la société a ainsi prévu de recourir à un mode de fabrication plus efficient. Le lanceur ne sera en effet pas assemblé verticalement de A à Z comme ses prédécesseurs mais, pour partie, à l’horizontale, afin que les équipes puissent intervenir dessus plus facilement. Aux Mureaux, le bâtiment de 20 000 m2 où seront fabriqués les lanceurs Ariane 6 est déjà en construction. «Nos équipes opéreront un contrôle technique  minutieux dessus », rassure Grégory Duret, Directeur Europe du marché Aérospatial au sein de Bureau Veritas.  Il faudra encore attendre quelques années pour assister au décollage d’Ariane 6 (prévu en 2020). Mais là encore, Arianespace a tout prévu pour limiter les risques et, pendant les trois années qui suivront la mise en service du nouveau lanceur, Ariane5 continuera d'être utilisée en parallèle. 

L’exceptionnel bilan de 2016

Des précautions qui devraient terminer de convaincre les clients potentiels des capacités d’Arianespace à mener à bien les lancements selon le calendrier prévu. Le bilan de la société en 2016 parle cependant déjà de lui-même. Outre le record réalisé par Ariane 5, Arianespace en a également établi deux autres l’an dernier : le 8e lancement réussi de son lanceur léger Véga depuis son introduction au Centre Spatial Guyanais (CSG) en 2012 et le 15e lancement depuis 2011 au CSG de son lanceur moyen Soyuz. De septembre à décembre 2016, Arianespace a, qui plus est, relevé avec brio le défi de réaliser 6 lancements sur 4 mois à peine afin de tenir ses engagements. Résultat ? Les clients (DGA, VIASAT, INTELSAT etc.) se bousculent au portillon.  Au début de l’année, Arianespace a annoncé avoir signé 13 nouveaux contrats de lancement depuis janvier 2016 ce qui portait le total de tirs au programme à 55 et la valeur de son carnet de commande à 5.2 milliards d’euros. Rien que sur l’année à venir, 12 lancements sont programmés. En misant tout sur la fiabilité de ses équipements, Arianespace a sans aucun doute fait un pari gagnant.




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