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Air intérieur : l’insidieuse pollution que l’on néglige trop


Nous sommes tous conscients des risques liés à la pollution de l’air extérieur – particulièrement en ville, où les alertes pollution nous signalent les taux anormaux de particules fines et d’ozone. Nous sommes beaucoup moins sensibilisés aux enjeux de la qualité de l’air intérieur. Et pourtant, nous passons généralement ¾ de notre journée dans un espace clos, qui peut être jusqu’à 5 fois plus concentré en polluants que l’air extérieur. La journée nationale de la qualité de l’air intérieur, et une réglementation qui entre en vigueur en 2018, nous invitent à faire le point sur les obligations en la matière.

L’air intérieur est 2 à 5 fois plus concentré en polluants que l’air extérieur, dans les bureaux et logements. Un véritable enjeu de santé publique ! Pourtant en matière de réglementation, si des mesures très strictes concernent la qualité de l’air au travail – dans les environnements à risques, lorsque des polluants sont manipulés – rien n’existe à ce jour pour s’assurer de la qualité de l’air intérieur dans les logements ou les ERP (Etablissement recevant du public)

« Nous sommes parfois sollicités pour réaliser des mesures dans des bureaux et lieux de travail : il s’agit d’une démarche volontaire, souvent à la demande du CHSCT suite à des plaintes de collaborateurs qui souffrent de maux de tête ou de malaises » explique Christelle Nicollet, Responsable des Opérations, Service Air Intérieur chez Bureau Veritas Laboratoire. Ces contrôles permettent de rechercher différents toxiques. Le principal problème est bien souvent une ventilation insuffisante, ou fonctionnant mal : l’air, insuffisamment renouvelé, se concentre peu à peu en polluants.

 

D’où viennent ces polluants de l’air intérieur ?

En premier lieu, les polluants de l’air intérieur proviennent des matériaux de construction. Une réglementation va d’ailleurs imposer leur étiquetage (d’ici 2020), avec un classement de A+ (pas d’émissions de polluants) à C (les émissions sont importantes).

Mais il n’y a que pour les bâtiments « HQE » (Haute Qualité Environnementale) que l’on s’engage sur la qualité de l’air intérieur, et où sont effectués des contrôles pour en attester.

Pourtant, dans les logements et bâtiments, deux polluants particulièrement courants, reconnus cancérigènes, sont émis par certains produits ménagers, peintures, revêtements de sol mais aussi, certains encens, la fumée du tabac ou encore les meubles en aggloméré, contreplaqué ou contrecollé : le formaldéhyde et le benzène.

En effet les meubles en contreplaqué ou contrecollé neufs émettent pendant plusieurs mois du formaldéhyde et du benzène. « Pour limiter l’impact sur la santé, il est conseillé de les stocker, à l’achat, dans un local très chauffé pendant une semaine ou deux, puis de les aérer soigneusement, avant de les installer dans le logement. Mais qui y pense ? » s’interroge Christelle Nicollet.

 

Une réglementation pour protéger les plus jeunes dès 2018

Dès l’année prochaine, pour protéger les plus jeunes, une nouvelle réglementation imposera aux écoles maternelles et crèches de réaliser un diagnostic de la qualité de l’air intérieur. Il s’agit d’un recul par rapport à la législation initialement parue, qui prévoyait un contrôle réalisé par un organisme accrédité, afin de mesurer la présence de formaldéhyde et de benzène. Le coût généré par cette obligation a incité le gouvernement à alléger la loi, et c’est finalement à un autodiagnostic que sont soumis les ERP accueillant les moins de 6 ans, suivi d’un plan d’action si des problèmes potentiels sont détectés.

« Bien sûr, un autodiagnostic est moins fiable qu’un contrôle réalisé par un professionnel, et un résultat unique et chiffré de contrôle est parfois plus « parlant ». Mais dans 70% des écoles et crèches pour lesquelles nous avons effectué des mesures entre 2013 et 2014, aucun problème n’a été détecté. L’autodiagnostic est donc une alternative adaptée dans la majorité des cas. De plus, l’autodiagnostic peut participer à impliquer plus fortement le chef d’établissement. Aussi, c’est dans ce sens que Bureau Veritas a souhaité agir » , explique Christophe Stefaniak, Spécialiste national qualité de l’air chez Bureau Veritas.

Bureau Veritas a ainsi ajouté à son catalogue une offre d’« assistance au diagnostic ». Car s’il peut théoriquement être réalisé en toute autonomie, l’autodiagnostic n’est pas si simple. Bureau Veritas propose donc une aide pour compléter la grille d’évaluation et rédiger un plan d’action. Une offre résolument axée sur la pédagogie et la sensibilisation, puisqu’un expert vient dans l’école ou la crèche, discute avec le chef d’établissement, le conseille, répond à ses questions… et garantit la rigueur de l’autodiagnostic.

 

Ouvrez les fenêtres !

Dès 2020, l’obligation de diagnostic va s’élargir aux établissements d’enseignement du 1er et 2nd degré et aux centres de vacances. Mais dans les logements, où les enfants passent le plus de temps, c’est à chacun de veiller à maintenir un air de qualité !

Il faudra attendre 2020 pour voir apparaitre un étiquetage spécifique sur les meubles en panneaux de particules ou contreplaqué, les classant de A+ à C selon la quantité d’émissions de produits toxiques. En attendant, il faut penser à les aérer avant de les installer dans une pièce, mais aussi veiller à acheter des produits ménagers, peintures et autres revêtements de sol non polluants.

Et il faut, aussi et surtout, ventiler ! Nous avons perdu l’habitude d’aérer quotidiennement nos logements, en partie parce que nous sommes plus attentifs aux déperditions de chaleur et à la « performance thermique », qui pousse même certains à calfeutrer leur logement et à arrêter la ventilation. « Il faut reprendre l’habitude d’ouvrir tout grand les fenêtres quotidiennement : cela reste le moyen le plus efficace de renouveler l’air, et de réduire la pollution de l’air intérieur. Même en ville » insiste Christophe Stefaniak.

 

« Chez soi aussi, ouvrir la fenêtre permet parfois de chasser un mal de tête… et réaliser que le logement est insuffisamment aéré. Ce qui vous expose à de nombreux polluants »

Christophe Stefaniak Spécialiste national qualité de l’air chez Bureau Veritas.

Mal de tête, manque de concentration : et si c’était le confinement ?

Si nous n’aérons pas, le risque de confinement est réel. Il peut être détecté grâce à un indicateur simple : le CO2. Plus le nombre d’occupants dans la pièce augmente, plus le taux de CO2 grimpe si l’aération de la pièce est insuffisante. Et avec lui, celui des autres polluants. Mais le CO2 présente l’avantage d’être simple à mesurer.

« L’Observatoire de la Qualité de l’air intérieur, qui dépend du Ministère de l’Environnement, a réalisé une campagne de mesures de confinement, avant de s’atteler à la réglementation concernant les ERP. Pour cela, un indicateur de taux de CO2 était utilisé : un petit boitier électronique comprenait trois diodes lumineuses, verte, jaune et rouge. Placé dans une classe de 20 à 30 élèves, il passait parfois dans le rouge en un quart d’heure. Et il suffisait d’ouvrir la fenêtre 5 minutes pour revenir au vert… Ce boitier, visuel et pédagogique, avait sensibilisé les enfants comme les instituteurs. Il est trop coûteux pour que l’on envisage d’équiper toutes les salles de classe. Les professeurs doivent savoir utiliser un autre indicateur : le comportement des élèves ! La fatigue ou le manque d’attention des élèves peuvent être provoqués par un taux trop élevé de CO2, qui témoigne d’un confinement excessif. Et parfois il suffit d’aérer pour que tout se passe mieux. Et chez soi aussi, ouvrir la fenêtre permet parfois de chasser un mal de tête… et réaliser que le logement est insuffisamment aéré. Mais ce qui vous expose à de nombreux polluants ! » rappelle Christophe Stefaniak.




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