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À Monaco, un luxueux écoquartier se construit sur la mer

6 hectares d'extension en mer et 60 000 m2 de logement


La Principauté fait construire une nouvelle extension en mer de 6 hectares qui abritera 60 000 m2 de logements luxueux et écologiques. Un projet d’autant plus ambitieux qu’il a nécessité un travail approfondi sur la protection des espèces maritimes du secteur.

 

Quand on a le nombre d’habitants au mètre carré le plus élevé du monde, il est bien normal de rêver d’espace. Monaco ne se contente cependant pas d’y songer. La principauté compte agrandir de 6 hectares sa superficie totale (200 hectares) en construisant… sur l’eau !   Cet ambitieux projet d’extension en mer doit permettre la construction de 60 000 m2 de logements haut de gamme et économes en énergie. « Près de 40% des besoins énergétiques du périmètre seront couverts par des panneaux photovoltaïques et par un réseau thermique qui utilisera la température de la mer pour réchauffer les bâtiments en hiver et les refroidir en été», précise Jean-Luc Nguyen, directeur de la mission Urbanisation en Mer au sein du Gouvernement Princier.

Un peu plus loin, un petit port capable d’accueillir une trentaine de bateaux de 15 mètres et des espaces commerciaux seront aménagés. Un espace d’exposition additionnel de 6000 m2 pour le Grimaldi Forum et un parking public de 150 places seront par ailleurs construits sous une colline végétalisée.  Pour que ce quartier paradisiaque puisse sortir des flots en 2025, les porteurs du projet vont dépenser 2 milliards d’euros. Ils ont également dû trouver des solutions adaptées aux challenges posés par ce projet hors normes.

 

Défi n°1 : Préserver la faune et la flore maritime

Pas question de laisser le projet menacer le tombant coralligène des Spélugues ou la biodiversité de la zone du Larvotto.  L’extension étant localisée entre ces deux réserves, sa construction va requérir des mesures de protection particulières. La première ?  Des écrans filtrants de 5 mètres posés au fond de la mer qui empêcheront le passage des sédiments soulevés par les travaux. « La matière remise en suspension pourrait nuire à l’écosystème de ces zones en empêchant la lumière de passer ou en se déposant sur la flore sous-marine», explique Jean-Luc Nguyen. Des capteurs surveilleront en parallèle le taux de matière dans l’eau.

La Principauté a également fait le maximum pour protéger les espèces vivant sur la zone impactée par la construction. Quelques 140 nacres qui s’y trouvaient ont été déplacées ainsi que 8 blocs de rochers colonisés par l’algue « lithophyllum byssoides ». 500 m² d’herbier de posidonies ont également été transplantés plus loin. «Le béton sera par ailleurs travaillé de manière à être plus facilement colonisable par les espèces marines », explique le directeur de la mission Urbanisation en Mer. Un traitement de surface avec des rainures sera ainsi créé et, à certains endroits ciblés, des inserts de béton à plus faible PH seront posés afin de favoriser une colonisation la plus rapide possible.

Cette extension en mer va permettre la construction de 60 000 m2 de logements.

 

Défi n°2 : Construire sur l’eau

Une extension en mer n’est pas une construction ordinaire. Jusqu’en septembre 2017, les acteurs du projet devront draguer les vases de toute la zone à remblayer. Des matériaux concassés seront ensuite utilisés pour créer un remblai d’assise solide. « Un navire équipé d’un tube spécifique viendra les déposer au plus près du sol afin de limiter la quantité de sédiments soulevés », précise Jean-Luc Nguyen. Une fois ce remblai construit et compacté, des grands caissons en béton seront disposés sur le pourtour de la zone. « Cette bordure surplombera l’eau d’environ 9 mètres. Un niveau suffisamment élevé pour ne courir aucun risque, même en tenant compte des houles les plus fortes », fait valoir le directeur de la mission Urbanisation en Mer.

Des chambres d’amortissement équipées de fentes seront, qui plus est, créées sur tout le pourtour afin de casser l’énergie de la houle.

Le sol artificiel pourra quant à lui être installé une fois cette ceinture de caissons terminée.  « Il faudra évacuer l’eau restée à l‘intérieur et la remplacer par du sable », explique Jean-Luc Nguyen. Un travail qui ne devrait se terminer qu’en 2020. A ce moment-là, la construction des immeubles et des équipements du quartier pourra commencer !

 

Défi n°3 : Gérer un chantier en ville

La construction est d’autant plus complexe qu’elle doit se faire sur un périmètre restreint. Dans ces cas de figure, il arrive fréquemment que plusieurs entreprises aient besoin d’intervenir simultanément sur le chantier à certaines étapes. Il est alors crucial de s’assurer que les actions des équipes de l’une (manœuvre d’engins etc.) ne mettent pas en danger, sans le vouloir, les équipes de l’autre (en provoquant la chute d’un objet sur quelqu’un par exemple). Ainsi, Bureau Veritas est en charge de la Coordination, Sécurité et Protection de la Santé (CSPS) sur ce projet. « Nous étudions minutieusement l’organisation du chantier afin de repérer toute situation à risque. Et lorsqu’il y en a, nous les signalons puis nous vérifions que les mesures de protections adéquates ont été prises », rassure Olivier Bonnin, administrateur délégué au sein de l’entreprise.

La Principauté a également pris des mesures particulières pour gêner le moins possible le voisinage. « Nous avons fait installer un mur d’isolation phonique de 5 mètres de haut tout le long du littoral concerné par le chantier », explique Jean-Luc Nguyen. Le cahier des charges du projet impose du reste qu’un maximum d’actions (ex : l’arrivée des matériaux de remblaiement) se fasse par la mer et non pas par voie terrestre.

Il est vrai que la Principauté a désormais de l’expérience dans le domaine. Elle a déjà conduit plusieurs extensions qui lui ont permis de gagner 40 hectares depuis la fin du 19e siècle. Rien de moins que 20% de son territoire !

 

 Calendrier :

  • - Septembre 2017 : Fin de l’opération de dragage de la zone à bâtir
  • - Mars 2018 : Le remblai d’assise sera construit
  • - Juin 2019 : Pose des derniers caissons
  • - Septembre 2020 : La plateforme artificielle sera terminée. Les travaux de construction classiques (immeubles, etc.) pourront commencer
  • - 2025 : fin des travaux

 

Cette extension en mer va permettre la construction de 60 000 m2 de logements.

Un écrin de luxe pour le Yacht Club

Que serait Monaco sans le yachting ? Avec un chiffre d’affaire de 750 millions, ce secteur constitue la 4e industrie de la principauté ! Quand le Yacht Club a décidé de faire construire un nouveau quartier général, il fallait donc, naturellement, un écrin à la hauteur. C’est l’architecte Norman Foster qui s’est chargé de le dessiner. Le résultat ? Un impressionnant bâtiment de 25 000 m2 dont la ligne rappelle celle d’un paquebot. « Ce chantier d’envergure a nécessité un gros travail sur les fondations puisque la construction est à fleur d’eau et qu’un parking a été créé au sous-sol », confie Olivier Bonnin, administrateur délégué de Bureau Veritas qui s’est chargé du contrôle technique du projet. Le bâtiment avait été inauguré par le prince Albert II en juin 2014.




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