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Les accidents du travail ne sont plus une fatalité

Comment obtenir et pérenniser l'adhésion des managers et les bons comportements des salariés ? Le point avec notre directeur métier HSE.


Certains secteurs économiques sont plus concernés par les accidents du travail que d’autres. Tous secteurs confondus, le taux de fréquence est de 22,9 %. Cet indicateur est plus élevé dans les entreprises du BTP (40,3 %), de l’agro-alimentaire (31,7 %), ou des transports et réseaux (28,9 %), et plus faible pour les sociétés de la métallurgie (19,8 %), du commerce (15 %) ou des services (7,9 %). Mais quel que soit le secteur d’activité, les directions d’entreprises ont une marge de manoeuvre pour abaisser ce taux. « Les sociétés n’ayant pas mené de programme d’amélioration de la sécurité peuvent espérer diviser ce taux par 10 », affirme Frédéric Caillaud, directeur métier HSE chez Bureau Veritas.

La réglementation ne suffit pas

En France, l’employeur doit veiller à la sécurité et à la protection de ses salariés. « La réglementation couvre de nombreux domaines de la sécurité en entreprise, analyse Frédéric Caillaud. Pourtant, le seul respect des textes ne suffit pas à éviter la plupart des accidents du travail. »

« Ainsi, la loi n’encadre pas l’engagement et l’exemplarité des managers, pas plus que les bons comportements des salariés. Nous allons donc jouer sur ces leviers pour réduire les accidents », poursuit Frédéric Caillaud.

Bien connue des responsables sécurité, la courbe de Bradley théorise la relation entre le type de management et le nombre d’accidents du travail. « Il s’agit d’un bon cadre pour amorcer une démarche d’amélioration de la sécurité, insiste Frédéric Caillaud. En effet, cette courbe montre l’importance du management, et illustre  le processus de sécurisation qui va de l’engagement des managers pour arriver à l’implication individuelle puis collective de l’ensemble des collaborateurs. »

 

Courbe de Bradley par Bureau Veritas

Formation, causeries, visites et approches comportementales

La formation des managers à la sécurité est la première étape d’un programme d’amélioration de la sécurité. Il faut notamment leur faire accroître leur prise de conscience de leur responsabilité civile et pénale en cas d’accident.

Les causeries sécurité, des réunions courtes (environ 15 minutes) destinées à faire le point sur la sécurité dans l’entreprise, doivent être organisées de manière régulière (toutes les semaines ou les mois selon les secteurs).

Les visites de sécurité des managers, quel que soit leur niveau hiérarchique, peuvent faire une vraie différence. Pour être pleinement efficace, elles doivent être consacrées uniquement à la sécurité. Il ne faut pas susciter les échanges avec les collaborateurs, pour les féliciter de leurs bonnes pratiques, ou leur faire prendre conscience des risques qu’ils prennent.

Les approches comportementales ont pour but d’impliquer les collaborateurs dans la gestion des risques. Dans un premier temps, il s’agit d’organiser des groupes de travail dans lesquels les salariés réfléchissent aux bonnes pratiques et les diffusent à leur collègue. Dans un second temps, il s’agit de mettre en place une démarche de vérification de la réelle application de ces bonnes pratiques. Elle se fait le plus souvent au travers de contrôles croisés entre opérateurs.

 

Sécurité et résultats économiques ne sont pas incompatibles

Que faire si les managers de proximité ne s’impliquent pas dans la démarche ? « Les outils de santé et sécurité peuvent être vus comme des tâches supplémentaires. Et, s’il doit choisir, le manager peut avoir tendance à privilégier la productivité de ses équipes », explique Frédéric Caillaud.

« Ce n’est pas la bonne approche, poursuit le directeur métier HSE de Bureau Veritas. En réalité, quand nous visitons les sites, nous constatons que les plus vigilants en terme de sécurité ont les meilleurs résultats économiques. Sécurité et efficacité vont toujours de pair. »

Sécurité des sous-traitants et accidents graves

« La majorité des grandes entreprises ont déjà mis en place un éventail de démarches sécurité, et amélioré leur taux de fréquence, note Frédéric Caillaud. Ces sociétés ont pourtant toujours des points de progrès. Les deux qui reviennent le plus souvent sont la sécurité de leurs sous-traitants, et le traitement des accidents graves. »

A noter que, sur ce dernier point, la pyramide de Bird, que connaissent tous les responsables sécurité, est  un peu remise en cause.. Selon ce célèbre schéma, plus il y a de situations à risque et de « presque accidents », plus il y aura d’accidents graves.

 

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Pyramide des risques

« Nous avons constaté les limites de cette pyramide, analyse Frédéric Caillaud. En effet, restreindre les « presque accidents » ne réduit pas dans la même proportion les accidents graves. En réalité il faut mettre en place des démarches spécifiques pour agir sur ceux-ci. »

 

Responsabilité de l’employeur

« L’évolution de la jurisprudence de ces dernières années fait qu’en cas d’accident, la responsabilité de l’employeur pourrait être atténuée si ce dernier démontre que des actions de réduction des risques ont été engagées. Nous ne sommes plus dans une stricte obligation de résultats»

« La mise en place d’un programme, si elle entraîne des coûts importants, peut aussi générer des économies très rapidement, conclut Frédéric Caillaud. Si le nombre d’accidents est divisé par 10, les coûts qui leur sont associés le sont également.On peut donc tout à fait raisonner en terme de retour sur investissement en matière de sécurité »

« Les sociétés n’ayant pas mené de programme d’amélioration de la sécurité peuvent espérer diviser le taux de fréquence par 10 »

Frédéric Caillaud, directeur métier HSE chez Bureau Veritas.




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