« Comment nous avons construit l’un des plus beaux stades du monde »

Le stade de Bordeaux livre ses secrets

Pas simple de piloter le chantier du stade de Bordeaux pendant 25 mois. Surtout quand on doit gérer le planning quotidien de 400 personnes, construire une structure jamais réalisée pour ce type d’enceinte, s’inspirer des meilleures pelouses d’Europe et composer avec les animaux qui habitent dans la zone… Bureau Veritas refait le match avec Marc Guerpin, qui a piloté la construction du grand Stade de Bordeaux pour Vinci.

Pas une vis, pas un boulon n’aura échappé à son regard perçant. Marc Guerpin a supervisé pendant près de 3 ans le chantier du nouveau stade de Bordeaux, un écrin de 42 000 places à l’architecture complexe. Pari tenu : son élégance et l’excellence de la réalisation ont valu au Stade Matmut-Atantique d’être élu « architecture sportive de l’année » par 55 000 internautes sur le site spécialisé archdaily.com, devant plus de 3 000 projets dans le monde entier.

 

ON CONSTRUIT PEU DE STADES DANS UNE CARRIÈRE, ENCORE MOINS POUR UN EURO À DOMICILE, C’EST UNE AVENTURE MARQUANTE ?

Bien sûr. Ce qui m’a surpris en premier lieu, c’est l’engouement populaire. 16 000 personnes sont venues visiter le chantier. On a bien moins de fans derrière les barrières quand on construit une tour à La Défense. Mais ce dont je me souviendrai avant tout, c’est l’aventure collective. Avec des collaborateurs pareils, je pourrais aller faire n’importe quel chantier, même à l’autre bout de la planète. Sur un projet d’une telle ampleur, qui mélange autant de corps de métiers différents, avec des entreprises venues de toute l’Europe, et dans un temps aussi court, c’est rare de pouvoir aller au bout sans accrochage. Ça a été notre cas.

 

AVANT LE PREMIER COUP DE PELLE, VOUS AVEZ ÉTUDIÉ LE PROJET 16 MOIS. CETTE ÉTAPE INVISIBLE EST CAPITALE ?

Les travaux commencent bien avant l’arrivée des premiers bulldozers, tout doit être calculé et programmé à l’avance. Les étapes de la construction sont préparées dans les moindres détails, presque jour par jour. Dans un chantier d’une telle envergure, on ne peut laisser aucune place à l’improvisation. Et même en étant ultra-prévoyant, on n’est jamais à l’abri d’aléas. Nous savions par exemple que nous risquions d’avoir des problèmes avec les déchets et l’eau contenus dans le sous-sol, mais pas dans les proportions que nous avons rencontrées sur zone. Il nous a fallu pomper pendant des heures pour pouvoir couler le béton. Et mettre des moyens supplémentaires en hommes pour éviter tout retard.

 

POUR ÊTRE PRÊT À TEMPS, VOUS AVEZ DÛ TENIR UN CALENDRIER SERRÉ. ET ADAPTER VOS HABITUDES DE TRAVAIL ?

25 mois de travaux pour un chantier de cette taille, c’est effectivement très court. Nous avons donc dû adapter nos process. Sur les chantiers, en règle générale, les entreprises se succèdent pour ne pas se gêner. Ici, pour tenir le planning, elles ont dû travailler ensemble. Au plus fort des travaux, 450 ouvriers se sont côtoyés sur le site. Il faut donc une organisation sans faille et une parfaite maîtrise de la circulation des engins. Certains jours, jusqu’à 38 nacelles se trouvaient en déplacement, sans compter les autres véhicules du chantier. Nous avons dû être extrêmement vigilants sur la sécurité du personnel. Heureusement, nous avons pu compter sur le précieux savoir-faire des équipes de Bureau Veritas, qui étaient complètement immergées avec nous dans les travaux. Elles nous ont permis d’établir un plan de coordination des corps de métiers extrêmement précis. Avec succès, puisqu'aucun accident grave n’a été à déplorer.

 

L’ARCHITECTURE DE L’ENCEINTE A ÉGALEMENT ÉTÉ UN EXPLOIT TECHNIQUE…

Au-delà de son aspect architectural unique, le Stade de Bordeaux est constitué d’une structure mixte béton et métal. C’est une première en France. Un choix qui n’est pas purement esthétique : il permet de diminuer  considérablement le poids du stade, qui nécessite ainsi des fondations réduites, ce qui a pour conséquence un gain de temps et de coûts significatifs. Mais cela nous a également demandé de fournir un gros travail en amont. On a ainsi participé à toute la phase de conception aux côtés des architectes et des maîtres d’oeuvre, qui a duré presque une année entière. Les équipes de Bureau Veritas nous ont fortement assistés dans cette étape. Elles ont notamment évité que nous perdions un temps précieux en identifiant très rapidement ce qui risquait de poser problème lorsque nous hésitions entre plusieurs options. Toutes les spécialités de Bureau Veritas (contrôle technique, parasismique, sécurité) ont été sollicitées à très haut niveau. Cela a été un vrai confort pour nous. Plus largement, les équipes de Bureau Veritas nous ont été d’une grande aide pour obtenir notre homologation d’enceinte destinée à recevoir des manifestations sportives ouvertes au public. Cette procédure, mise en place suite au drame de Furiani en mai 1992, permet de s’assurer que toutes les dispositions nécessaires en matière de solidité des ouvrages, de sécurité des personnes et d’intervention des secours, ont été prises avant l’ouverture au public.

 

LA PELOUSE A ELLE AUSSI FAIT L’OBJET D’UN PROCÉDÉ INNOVANT...

La pelouse d’un stade représente moins de 1 % du coût total de la construction. Pour autant, elle en est une pièce maîtresse. Durant 2 ans, les équipes ont fait le tour d’Europe des clubs de football possédant les plus belles pelouses. Elles ont fini par choisir une pelouse hybride, entièrement naturelle, mais qui prend racine dans un substrat synthétique de 15 centimètres composé de sable fin, de billes de liège et de microfibres synthétiques. Résultat, un gazon superbe qui n’a rien à envier aux stades anglais et une souplesse du terrain qui limite les risques de blessure. La pelouse est par ailleurs équipée d’un système d’arrosage et de chauffage, et de capteurs pour réguler l’humidité et la température du sol.

 

VOUS AVEZ DÛ PRENDRE DES PRÉCAUTIONS PARTICULIÈRES VIS-À-VIS DE L’ENVIRONNEMENT ?

En effet, le Stade de Bordeaux a été construit avec une démarche QSE, dont une grosse partie pour l’environnement, qui a été vérifiée par Bureau Veritas. Mais le stade est également situé dans une zone où la faune est importante et comprend des espèces protégées. Nous devions donc faire en sorte que les nombreux oiseaux et petits mammifères semiaquatiques (loutres, musaraignes aquatiques, visons d’Europe…) ne souffrent pas de la construction et ne quittent pas la zone. Le défrichement de la dizaine d’hectares a dû se faire en dehors des périodes à risque, comme la nidification, sans énormes engins pour déblayer le terrain, mais petit à petit, en attendant que les animaux se déplacent un peu plus loin.

 

UN RESPECT DE L’ENVIRONNEMENT QUE L’ON RETROUVE ÉGALEMENT DANS LE FONCTIONNEMENT DU STADE.

Tout à fait. Il a été pensé pour limiter au maximum les dépenses énergétiques, grâce à une isolation de très haut niveau et à un système de chauffage des espaces internes permettant d’équilibrer les températures d’une pièce à l’autre. Bureau Veritas l’a d’ailleurs contrôlé. L’eau de pluie est par ailleurs récupérée par la toiture et sert à l’arrosage de la pelouse, lui assurant une quasi-autonomie. Enfin, 700 m2 de panneaux solaires ont été placés sur le toit de la tribune nord. Tout cela permet au Stade de Bordeaux d’être auto-suffisant en énergie en dehors des événements majeurs. Encore une source de fierté pour l'équipe.