SANS ELLES, LA VOITURE ÉLECTRIQUE NE S’IMPOSERA JAMAIS

La mécanique bien huilée des bornes de recharge pour voitures électriques

Elles, ce sont les bornes de recharge : 10 000 de ces équipements pour véhicules électriques ont déjà été installés en France, dont la majorité pour les Autolib’ parisiennes. C’est presque autant que le nombre de stations-service dans l’Hexagone. Zoom sur ces équipements qui seront déterminants pour le succès de la voiture zéro émission.

Un mercredi de juillet, 9 heures du matin, Nicolas Martin arrive à la station Autolib’ de l’avenue de Flandre à Paris. Mission du jour pour cet inspecteur Bureau Veritas : s’assurer que les six bornes qui permettent de recharger les petites voitures grises électriques en autopartage ne sont pas… dangereuses. " Ce ne sont ni plus ni moins que des prises de 230 volts installées sur la voie publique et à la portée de toutes les mains" explique le spécialiste du contrôle électrique en enfilant une paire de gants isolants. 

Si ces points de recharge font l’objet d’autant d’attention, c’est qu’ils sont clés pour le développement de la voiture électrique. Son adoption par le grand public reste conditionnée à l’envergure du réseau de bornes (et aux prix de ces véhicules de plus en plus accessibles). Vais-je pouvoir recharger mes batteries si je fais tel ou tel trajet, ou vais-je tomber en panne ? Pour rassurer les consommateurs, les constructeurs automobiles et les équipementiers se sont donc lancés dans une course à l’installation de bornes sur le territoire.

Plus de 7 500 bornes¹


En cinq ans, le groupe Bolloré est devenu le premier réseau de l’Hexagone, avec plus de 7 500 bornes à Lyon, Bordeaux et surtout Paris, où elles rechargent plus de 4 000 voitures en autopartage (20 000 locations quotidiennes) et tout véhicule électrique particulier abonné au service. Le groupe commercialise par ailleurs trois modèles de voitures zéro émission (la citadine Bluecar, la décapotable Bluesummer et l’utilitaire Blueutility) dotées d’une autonomie de 250 kilomètres (pour la citadine et l’utilitaire), grâce aux batteries LMP (Lithium Métal Polymère), technologie unique développée par le groupe Bolloré. « C’est le maillage de plus en plus dense des bornes de recharge dans les grandes villes qui permet de rassurer les potentiels acheteurs de véhicules électriques, décrypte Laure Domon (Key Account Manager chez Bureau Veritas). Et, bien sûr, leur fiabilité »

Cela n'a pas toujours été le cas. Il y a deux ans, le blog de référence automobile-propre.com relevait par exemple qu’un tiers des bornes de recharge rapide ne fonctionnaient pas correctement en Alsace. Pas vraiment un bon coup de pub à l’époque. Du coup, chez Autolib’, les bornes sont testées chaque année par les techniciens qui les ont construites (ceux d’IER, autre filiale du groupe Bolloré). Et leur sécurité est contrôlée une fois par an par Bureau Veritas.

 

Un contrôleur en permanence sur le terrain

« Cette station a justement été vérifiée il y a pile un an, en juillet 2015 », confirme Nicolas Martin, toujours à son inspection avenue de Flandre. Armé de son trousseau de clés spéciales, il vient d’ouvrir la portière de la borne centrale. À l’intérieur, une grande armoire électrique avec des disjoncteurs, qui ressemble câble pour câble à celui d'une habitation. Avec un boîtier de contrôle Ponta Mesure et une pointe de touche, le technicien simule un défaut du matériel et teste la réaction des dispositifs. « Ensuite, nous vérifions la liaison à la terre des bornes. Si elles ne sont pas reliées, il faut y remédier car il pourrait y avoir un risque de décharge. Objectif : risque zéro ». Un véritable travail de fourmi, vu le nombre de bornes en service. « Presque tous les jours, il y a un contrôleur Bureau Veritas en train de vérifier une borne Autolib’, résume Jean-André Roger, chef du service inspection et vérification en service Paris-Nord, chez Bureau Veritas. Jusqu’ici, il n’y a jamais eu de défaillance significative du système. »

169 dysfonctionnements peu importants corrigés

Il faut dire que la technologie choisie par le groupe Bolloré pour ses bornes électriques (avec l'assistance du laboratoire LCIE Bureau Veritas), permet également de réduire les risques. Ces dernières rechargent en effet 100 % de la batterie en 6 à 8 heures – quand les bornes « rapides » atteignent 80 % en 30 minutes – mais utilisent du même coup une puissance apparente de 3,6 kilovoltampères (soit 3,6 kilowatts) seulement. L’appel de puissance est plus faible, il y a donc moins de risque d'inflammation des composants et de dysfonctionnement.

Avenue de Flandre, Nicolas Martin complète le rapport d'inspection sur son ordinateur. « Rien à signaler ». Depuis le début de l'année, son service a observé moins de 10 % de « dysfonctionnements peu importants » sur les bornes inspectées (169 sur 2 500). Toutes ont été corrigées.

¹10 161 bornes publiques fin 2015, selon le Gireve (Groupement pour l'itinérance des recharges électriques de véhicules)

 

Autolib’ en chiffres (août 2016)

Une voiture est louée en moyenne toutes les cinq secondes
Plus de 4 000 véhicules en circulation
Plus de 1 100 stations Autolib’
17 millions de locations depuis son lancement (décembre 2011)
150 millions de kilomètres parcourus
Plus de 16 millions de kg de CO2 économisés