|

« Il y a une véritable Équipe de France des grands évènements »


Depuis la Cop21 en 2015 et l’Euro en 2016, jusqu’à l’Exposition Universelle en 2025, en passant par le nouveau Roland Garros en 2022, la France espère accueillir 10 très grands événements en 10 ans. Une sorte de Super Grand Chelem. Augustin de Romanet, Président-Directeur Général du groupe ADP (Paris Aéroport), qui accueillera 100 millions de passagers cette année, et Didier Michaud-Daniel, Directeur Général de Bureau Veritas, partagent la même vision : si la France est l’un des pays les plus attractifs au monde pour les grands événements, c’est bien grâce à un immense atout dont on parle peu : nos infrastructures.

 

 

Coupes du monde, Jeux, Euro… la France a déjà accueilli 10 des 12 événements mondiaux les plus médiatiques (il ne lui manque que le Cricket et le Superbowl). Y’a-t-il une particularité française ?

Augustin de Romanet : Il y a 6 grands pays au monde capables d’attirer des événements de taille universelle… et la France en fait partie. La France a des atouts d’offre touristique exceptionnels, qui font c’est une des destinations les plus attractives.

Didier Michaud-Daniel : Oui je suis d’accord, la France est un pays extrêmement attractif, de par toutes ses infrastructures : ses aéroports, le Grand Paris, on a des stades de grande qualité... C’est un atout immense certes pour attirer les touristes, mais aussi pour accompagner des événements aussi importants que la Coupe du monde de Rugby 2023 ou l’Expo Universelle 2025.

 

Les infrastructures sont donc l’atout majeur pour rayonner et attirer les grandes compétitions ?

A. de R. : Je crois quand même qu’il existe maintenant un consensus sur le fait qu’il s’agit d’un élément vital de l’attractivité d’un pays. Prenez l’aéroport : c’est une infrastructure critique pour les visiteurs de la France, car c’est la première qu’ils découvrent. L’infrastructure elle-même doit être au meilleur niveau : les terminaux doivent être avenants, les services à la hauteur… Mais les accès doivent l’être aussi, notamment l’accès en train : à Paris, ce devrait être le cas avec la ligne Charles-de-Gaulle Express qui devrait normalement desservir Roissy à partir de la Gare de l’est en 20 minutes 4 fois par heure d’ici 2023. Tout cela participe de l’attractivité des grands événement. Et naturellement, le fait d’accueillir ces grands événements est un accélérateur pour le calendrier de ce type d’infrastructures.

 

encadré ADP

 

"Le fait que tout le pays travaille aujourd’hui pour développer encore davantage nos infrastructures va permettre de nous hisser au top de ce qu’on peut trouver dans le monde."

Didier Michaud-Daniel, DG Bureau Veritas

 

M.-D. : Tout à fait. Le groupe Bureau Veritas est présent dans 140 pays, cela nous permet de comparer d’un pays à l’autre la qualité et la fiabilité des infrastructures. Et le constat est clair : en France, on a des infrastructures à un niveau tout à fait élevé. Et le fait que tout le pays travaille aujourd’hui pour les développer encore davantage va permettre de nous hisser au top de ce qu’on peut trouver dans le monde. Bureau Veritas réalise 80% des contrôles techniques sur les stades en France et je peux vous dire qu’on a des stades en France de grande qualité et que c’est un atout important pour remporter des compétitions. Au-delà de ça, on travaille sur tous types d’infrastructures : métro, train… mais aussi l’immobilier, les hôtels, qui permettront d’accueillir les fans de rugby ou les visiteurs de L’Expo Universelle.

 

La France des grandes infrastructures pour accueillir le monde

 

L’organisation de ces événements mondiaux nécessite sans doute un esprit de corps. Y-a-t’ il une « Équipe de France des Grands événements » ?

A. de R. : La réponse est oui. Qu’il s’agisse de l’engagement des entreprises en soutien des JO, ou de l’Expo Universelle 2025, on voit qu’il y a une idée que l’intérêt particulier des actionnaires, des clients, des salariés des entreprises, etc., rejoint l’intérêt général du rayonnement du pays.

D. M.-D. : Oui je partage votre opinion, il y a une vraie Équipe de France. On est les uns et les autres engagés clairement pour faire rayonner la France à travers ces événements planétaires. Ce qui fait une publicité importante pour l’attractivité de la France.

 

La France des grandes infrastructures pour accueillir le monde

 

La complexité des événements, tout comme la construction des infrastructures de classe mondiale, est pourtant un défi difficile – et coûteux - à relever…

A. de R. : Oui, mais le savoir-faire français est justement très fort dans la gestion de la complexité. Pardon de revenir à ce que je connais bien, mais quoi de plus complexe que de gérer un aéroport ? Il suffit de voir par exemple la difficulté avec laquelle les Allemands mènent leur projet de nouvel aéroport à Berlin : ils en sont actuellement à leur 11e année de retard. C’est quelque chose qui à mon avis ne serait pas produit si on avait pris des designers et des architectes français, qui ont la réputation dans le monde d’être les mieux capables de gérer la complexité ! Un aéroport est un système extrêmement complexe sur lequel un groupe comme le nôtre peut utiliser la fertilisation croisée de ses talents. Quand un pays étranger nous interroge pour construire un nouvel aéroport, il faut non seulement avoir le savoir-faire de l’exploitant que nous sommes, mais c’est très utile d’avoir des ingénieurs qui vous disent comment placer la piste par rapport à la montagne, quel axe de piste peut optimiser le parcours des avions pour éviter les nuisances sonores…

 

D. M.-D. : … et il y a souvent dans tout cela un niveau d’innovation impressionnant. C’est très visible dans les aéroports, et au-delà. Par exemple au niveau du Grand Paris : 68 gares vont être construites, certaines avec des niveaux d’innovation très élevé, dont il faut vérifier la fiabilité : toitures en céramique, courbures en verre, puits de lumière naturelle à très grande profondeur… Pour travailler ce genre de projet, on a développé avec Dassault Systèmes ce qu’on appelle le « digital twin » : on est capables de digitaliser les bâtiments – mais aussi des navires, etc. pour les travailler en 3D.

 

"Pour les grands événements comme pour les infrastructures,

ce n’est pas une question de priorité, l’innovation : c’est une question de survie!"

Augustin de Romanet, PDG Groupe ADP

 

A. de R. : Impressionnant en effet. Chez Paris Aéroport nous avons aussi initié une coopération avec les startups, en investissant en direct dans certaines d’entre elles, ou dans des fonds d’investissement, ou en collaborant à des incubateurs dans tous les domaines qui concernent les aéroports, : la fluidification du parcours passager, la sécurité… Pour les grands événements comme pour les infrastructures, ce n’est pas une question de priorité, l’innovation : c’est une question de survie

Les aéroports parisiens muent pour recevoir 100 millions de passagers

L’aéroport est la porte d’entrée et la vitrine de la France. « Or, pour certains grands événements, Paris se bat contre des villes qui ont de très bonnes infrastructures », rappelle Guillaume Sauve, directeur ingénierie et aménagement de Paris Aéroports. Ce dernier pilote une grande partie des 5 milliards de travaux engagés d’ici à 2020 pour améliorer le tri bagages, rénover les pistes, construire la gare du Grand Paris Express à Orly... et fluidifier la circulation des passagers, grâce à des bâtiments de jonction entre les terminaux. Les travaux doivent avoir lieu sans interruption de trafic ni grue qui gênerait la tour de contrôle, une mission complexe accompagnée par Bureau Veritas. Objectif : passer la barre des 100 millions de passagers par an (97 aujourd’hui) et viser 140 en 2030.




|