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Interview : Frédéric Pétrieux, directeur marketing de Listel, n°1 mondial du rosé


 « En France, la saison du rosé va de Pâques à la Toussaint »

Peu le savent, le discret producteur entre autres de Listel et Billette (1er Côtes-de-Provence AOP), basé à Sète, est le numéro un mondial des vins rosés. Il faut dire qu’il peut compter sur le plus grand vignoble d’Europe (2 200 hectares), une marque ultra-connue… et quelques bottes secrètes. 

L’été a enfin démarré, comme tous les producteurs de rosé, vous en attendez beaucoup…

Les ventes font en effet plus que doubler en juillet et en août. Il faut dire qu’elles dépendent beaucoup de la température, du soleil, et du temps qu’il fera les prochains jours – les consommateurs anticipent les déjeuners à l’extérieur entre amis. Dans nos chiffres, la saison du rosé démarre au week-end… de Pâques ! S’il fait beau, les ventes décollent d’un coup. Idem, la saison se prolonge en théorie jusqu’au week-end de la Toussaint, où l’on sort les manteaux d’hiver.

Vous produisez une « cuvée d’été »…

Le vin rosé est un vin fragile, nous pensons que c’est jeune et frais qu’il s’exprime le mieux, c’est pourquoi nous ne vinifions le Listel qu’en avril, en gardant les moûts (jus) dans des cuves réfrigérées d’octobre à mars. Ils arrivent ainsi dans les meilleures dispositions pour bien s’exprimer chez nos consommateurs.

En dix ans, les ventes de rosé en France ont doublé. À quoi est-ce dû ?

C’est vrai, et pour boucler sur le sujet de la saisonnalité, nous vendons désormais en hiver ce que nous vendions en été il y a dix ans ! Les raisons ? La phase de croissance précédente, dans les années 1960-1970, était liée aux débuts du tourisme de masse, qui a fait connaître nos « vins du soleil ». Depuis les années 1970-1980, c’est clairement l’amélioration de la qualité des vins qui tire le marché, avec des cépages plus adaptés et une vraie réflexion sur la vinification. Ces toutes dernières années, c’est aussi un peu la mode, il faut bien le dire. Nous nous sommes nous-mêmes lancés dans les rosés-pamplemousse, les rosés-piscine, nous relançons nos pétillants…

L’exigence grandissante des appellations IGP et AOP y est aussi pour quelque chose ?

Je pense oui. Même pour nous, qui sommes un cas particulier : Listel un des rares « vins de marque » en France, avec Mouton Rothschild ou Roche Mazet, c’est donc davantage notre marque que regarde le consommateur. Mais la caution officielle de l’IGP Sable de Camargue, contrôlé par Bureau Veritas Certification, a aussi son importance. Y compris pour nos partenaires et nos clients distributeurs, dont les cahiers des charges sont très stricts. Nous passerons bientôt d’IGP à AOP Sable de Camargue, la nouvelle appellation européenne, qui remplace les AOC.

Quelle est la particularité d’avoir des vignes dans le sable ?

C’est une chance énorme ! Nos vignes ont été plantées en 1883 par les Salins du Midi (le sel La Baleine), qui cherchaient à diversifier leur patrimoine au-delà des marais salants. Les pieds de vigne plongent donc dans 50 centimètres de sable, au-dessous de laquelle on trouve une couche sel. Un terroir parfait composé par le Rhône qui amène le sable des Alpes, la mer Méditerranée et le vent. Résultat, on ne traite quasiment pas nos vignes car la zone, en plus d’être protégée, attire peu d’insectes. C’est d’ailleurs l’une des rares vignes au monde à avoir échappé au Phylloxéra, qui déteste le sable.




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