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Hôpital du Hainaut : l’art de convertir un monument historique en hôtel et logements de luxe

La réhabilitation de cet hôpital voulu par Louis XV, typique de l’architecture hospitalière du XVIIIe siècle, est l’un des plus gros chantiers du genre en France.


L'impressionnante reconversion de l'Hôpital du Hainaut en 78 chambres d’hôtel de luxe, 161 logements de standing, club de jazz et spa, sera le symbole du nouveau visage que Valenciennes veut se donner. Et un parfait exemple d’une restauration possible par des acteurs privés désignés pour sauver le patrimoine public à restaurer en urgence.

 

L’un des plus ambitieux chantiers de rénovation actuels en France

C’est l’un des plus grands monuments historiques de France actuellement en rénovation par des fonds privés : l’ancien Hôpital du Hainaut à Valenciennes, une bâtisse du XVIIIème siècle (plus grand bâtiment historique de la ville), classée monument historique depuis 1945, qui s’étend sur 32 000 m2 et a été successivement au fil des siècles hôpital militaire, prison ou maison de retraite.

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Il a entamé en juillet 2013 une longue transformation, et accueillera entre fin 2017 et début 2018, 161 logements de standing, un hôtel de luxe de 78 chambres – avec plusieurs restaurants, un spa, un espace fitness, une salle de billard… - et même un club de jazz.

 

« Ce projet est un très ambitieux pari de reconversion, qui respecte l’architecture du bâtiment, mais aussi son esprit, sa vocation initiale, puisqu’il restera destiné à l’accueil et l’hébergement »

Franck Déchaumes, architecte au sein du cabinet Maes

 

Trois projets distincts, pilotés par deux maitrises d’œuvre différentes, mais un seul cabinet d’architecture qui doit composer avec une contrainte forte : le bâtiment doit être restauré dans son état originel. Pas question de modifier son aspect ou son architecture. Seule une touche de modernité a été ajoutée, tout en transparence : une vaste verrière, à la structure métallique, qui constitue un lobby devant le bâtiment sans cacher totalement la façade.

« C’est un très ambitieux pari de reconversion, qui respecte l’architecture du bâtiment, mais aussi son esprit, sa vocation initiale, puisqu’il restera destiné à l’accueil et l’hébergement » souligne Franck Déchaumes, architecte au sein du cabinet Maes.

 

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Tirant parti de certains éléments, en détournant d’autres, le projet a par exemple transformé l’ancienne chapelle en salle de mariage ou de séminaire, ou encore installé une vaste piscine entre les colonnes en pierre bleue des anciennes chambres de l'hôpital… Et si le projet est financé par des investisseurs privés, il est crucial pour Valenciennes : il va créer l’hôtel de luxe qui manque à l’agglomération, créer des dizaines d’emploi, et valoriser un élément majeur du patrimoine local en plein cœur de la ville.

Le projet de réhabilitation de l’ancien hôpital du Hainaut est aussi un projet d’une très grande ampleur, qui s’étend sur une surface globale de 54 000 m2. Et pour respecter les exigences du l’architecte des bâtiments de France, les défis ne manquent pas.

 

Premier défi : reconstruire à l’identique… selon les plans du XVIIIème siècle

Première contrainte : ne pas toucher à l’aspect. Mieux encore, il faut reconstruire conformément aux plans initiaux. Ce qui impose d’effacer les modifications ou réhabilitations réalisées au cours des siècles – comme après les bombardements de 1940. Ainsi, par exemple, la toiture a été démontée, puis la charpente reconstruite par des compagnons du bâtiment telle qu’elle était au XVIIIème, en bois massif. Même la peinture utilisée pour la façade a été choisie avec soin : l’architecte des bâtiments historiques a validé la 4ème proposition, jugeant que les 3 premières n’étaient pas assez proche de la peinture d’origine…

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2ème défi : respecter la réglementation d’aujourd’hui… sans que cela se voie

Seconde contrainte : concilier l’architecture du XVIIIème siècle et les réglementations actuelles en matière de solidité, sismicité, sécurité incendie, accessibilité, caractéristiques techniques et acoustiques… Il a pour cela fallu faire preuve d’adaptabilité, voire de créativité, et parfois obtenir des dérogations. La base de travail : le RICT (rapport initial de contrôle technique) réalisé par Bureau Veritas, qui liste les points problématiques en matière de conformité, et particulièrement les situations où respecter la réglementation de façon stricte est impossible.

Par exemple ? Pour respecter la réglementation relative à l’accessibilité, il aurait fallu élargir certaines ouvertures, afin qu’elles atteignent la largeur réglementaire de 1 mètre 40. Mais élargir une porte aménagée dans un mur d’un mètre d’épaisseur aurait pu compromettre la structure du bâtiment. Alors, dans certains cas, des dérogations ont été accordées. Par exemple, en considérant qu’une aide humaine ponctuelle, à l’hôtel, pourrait compenser les ouvertures trop étroites pour permettre, par exemple, à un fauteuil roulant de manœuvrer facilement.

De même, pour respecter strictement la réglementation en matière de sécurité incendie, un coffrage aurait dû être placé sur la structure métallique du lobby : une solution peu esthétique, finalement remplacée par un système de détection incendie. Ou encore, ajouter une sortie de secours et un escalier métallique en façade étant impossible : un escalier intérieur supplémentaire a donc été construit, en béton.

Dans tous les cas, la règle est simple : pas question de compromettre la sécurité. « Une dérogation est demandée lorsqu’une solution de remplacement au moins aussi performante peut être proposée, et des tests valident cette solution alternative » insiste Jean-Marie Cason, Chef de projet Bureau Veritas. Ainsi, dans le lobby, un test de désenfumage grandeur nature a été réalisé pour vérifier l’efficacité des dispositifs installés, en présence du bureau étude, du maitre d’ouvrage, de l’architecte et des pompiers.

 

3ème défi : trouver des solutions à des situations inédites

Ultime défi : trouver des solutions à des problématiques totalement nouvelles. Car sur ce chantier très particulier, certaines configurations inédites se sont présentées, non décrites par des avis du CSTB qui font référence en matière de construction. L’expertise de Bureau Veritas a alors été mise à contribution à plusieurs reprises, pour l’élaboration d’ATEX (les « appréciations techniques d’expérimentation ») qui recommandent des solutions à mettre en œuvre.

 

Rares sont les projets qui, aujourd’hui, intègrent des voutes en pierre, d’immenses grilles en fer forgé ou des sols recouvert de dalles de pierre bleue…

 

Pour la piscine intérieure (de 22 mètres sur 10), aménagée au sous-sol, entre les piliers de pierre bleue. Les blocs de pierre des piliers travaillent en compression - seul leur poids les maintient en place. Comment faire en sorte alors qu’ils supportent les nouvelles contraintes apportées par la piscine dans laquelle ils vont désormais plonger ? « Il a fallu renforcer les pieds de poteaux et les fondations pour supporter le surpoids de la piscine, une fois remplie d’eau », précise Jean-Marie Cason.

 

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Autre exemple : comment consolider la structure du campanile pour répondre aux règles sismiques, mais en gardant bien sûr cet aménagement invisible ? Ce sont finalement 4 nouvelles colonnes en béton armées qui ont été érigées, et par-dessus lesquelles le campanile a été reconstruit. Le renfort est effectué de l’intérieur, et n’altère pas l’aspect visuel du bâtiment.

Souvent, c’est la réunion des différents corps de métiers qui a permis de trouver des solutions créatives à ces situations inédites : les professionnels du bâtiment ont eu besoin du savoir-faire d’experts du traitement de la pierre, ou de techniques anciennes : rares sont les projets qui, aujourd’hui, intègrent des voutes en pierre, d’immenses grilles en fer forgé ou des sols recouvert de dalles de pierre bleue…  « Bureau Veritas, au-delà de son rôle de contrôle, a d’ailleurs fait le lien entre les deux équipes de maîtrise d’œuvre, en ayant un regard d’ensemble sur le projet » explique Franck Déchaumes, l’architecte en charge du projet.

 

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Le projet en chiffres

78 chambres dans un hôtel 5 étoiles

161 logements de standing

Un lobby sous une verrière de 1 000 m2

8 000 m2 de charpente

460 fenêtres

300 ouvriers sur le chantier

70 emplois créés une fois les travaux terminés

70 millions d’euros d’investissements




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