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Après les loisirs, le drone va révolutionner l’industrie

Le marché des drones professionnels pèsera bientôt des dizaines de milliards d’euros.


Après le marché des particuliers, le drone est en train de conquérir celui des professionnels. Dans une interview croisée, Parrot (Henri Seydoux) et Bureau Veritas France (Jacques Lubetzki) dévoilent les perspectives et les usages à venir de ces nouveaux outils professionnels… Et l’offre d’inspection par drone qu’ils viennent de lancer ensemble.

Après avoir connu un essor fulgurant chez les particuliers, le drone décolle dans les applications professionnelles : agriculture, industrie, infrastructures… Dans ces secteurs, la technologie du drone permet désormais d’intervenir dans des endroits inaccessibles, dangereux, très étendus... Nous avons fait se rencontrer Henri Seydoux, le PDG de Parrot, premier fabricant français de drones, et Jacques Lubetzki, Executive Vice-President Europe de Bureau Veritas , dans les locaux de Parrot à Paris. Les deux groupes viennent de s’allier pour proposer les services professionnels par drones de Parrot Air Support dans tout le réseau Bureau Veritas en France. Une discussion de haut vol.

Henri Seydoux :  Le poids des drones a fondu, leur puissance a augmenté, leur maniabilité et leur autonomie ont beaucoup progressé… Ils peuvent désormais voler près de 60 minutes, s’approcher d’un mur à moins d’un mètre, rester en vol stationnaire malgré de fortes rafales de vents, etc. Et ils embarquent désormais de nombreux capteurs, des caméras HD jusqu’à 40 millions de pixels, des capteurs multi spectraux, des caméras stéréo d'évitement d'obstacles… Nous testons plusieurs nouveaux modèles en ce moment-même, dans une immense salle à l’étage du dessus. Et si vous vous retournez, vous pouvez en apercevoir un par la fenêtre !

Plus légers, plus grande autonomie des drones
Parrot Air Support

De quoi autoriser un nombre toujours plus grand d’applications professionnelles ?

Henri Seydoux : L'un des premiers métiers à utiliser les drones est l'agriculture. Les drones permettent en effet de survoler et cartographier en très peu de temps de vastes étendues de cultures. En faisant voler des drones porteurs de capteurs multi-spectraux, nos clients agriculteurs peuvent évaluer la biomasse et donc les besoins précis en engrais. Les coordonnées GPS de chaque parcelle peuvent être ensuite transmises directement aux tracteurs. Le second métier à utiliser des drones, c’est la construction et l’exploitation d’infrastructures : l’immobilier, l’industrie, les entrepôts, les réseaux de transports…

Jacques Lubetzki : C’est chez eux que nous voyons en effet le plus de croissance dans l’utilisation de drones. Qu’il s’agisse d’inspecter, comme nous l’avons déjà fait, le toit d’un site de stockage de gaz classé Seveso, des pales d’éolienne à 100 mètres de hauteur dans une zone forcément très ventée… ou des milliers de kilomètres de routes, de chemins de fer ou de réseaux électriques sur tout le territoire. Des missions de l’impossible, qui seront dorénavant réalisables plus vite, plus sûrement, avec les drones.

Skeye BV

Quelles sont les applications par drone que vous pensez voir apparaître dans les prochaines années ?

Jacques Lubetzki : On peut citer des vérifications effectuées aujourd’hui depuis le sol et qui auraient grandement besoin du renfort de drones : dénombrer les voitures importées débarquées d’un bateau, à l’aide de photos prises du ciel, géolocalisées et horodatées. Vérifier la nature d’une cargaison depuis le ciel, grâce à sa couleur. Surveiller d’éventuelles fuites de gaz provenant d’une installation industrielle (une activité dont nous sommes un des leaders mondiaux). Nos inspecteurs adoreraient que les drones soient leur œil, mais aussi leur main : autrement dit qu’ils puissent, pourquoi pas, bientôt, embarquer un bras articulé capable de gratter, de forer, de prélever un échantillon à des endroits inaccessibles…

Henri Seydoux : Je ne peux pas dévoiler les projets en cours de développement chez Parrot, mais ce genre de fonctionnalités est techniquement possible ! Maintenant, la vraie question pour toutes ces applications est de savoir s’il existe une demande assez forte des entreprises pour ce service. Et ainsi assurer un déploiement économique viable.

Inspection des toitures d'un immeuble d'habitation. Credit : Parrot Air Support

Justement, où en est le marché des drones professionnels dans le monde, selon vous ?

Henri Seydoux : C’est un marché en pleine expansion, donc difficile à chiffrer. Mais de nombreuses études parlent de plusieurs milliards d’euros ces prochaines années.

Jacques Lubetzki : Une étude de PWC l’estime même globalement à 127 milliards d’ici 2020. Prenons le marché des Tests, Inspections et Certifications (TIC), dont nous sommes un des leaders dans le monde : il pèse environ 200 milliards d’euros dont 80 sont externalisés à des organismes tiers comme Bureau Veritas. Le drone professionnel pourrait en capter une partie en réduisant significativement la durée et le coût des missions. Car il représente une vraie valeur ajoutée pour nos clients. Un saut, bien plus important que lorsque nous avons équipé nos inspecteurs d’outils sur leurs smartphones et tablettes.

Henri Seydoux : C’est un double saut, même, technique ET économique.

Ce double saut, c’est le cœur de l’offre parrot- bureau veritas que vous venez de lancer, pour vous imposer sur ce marché…                                                              

Henri Seydoux : Oui, et c’est presque une première dans le monde. Nous avons packagé une offre de service complète d’inspection par drone : Parrot Air Support. C’est un service à la demande qui prend tout en charge de manière simplifiée. La prise de commande s'effectue en ligne, et nos équipes organisent alors l’intervention, le recrutement d’un télépilote prestataire certifié par nos soins (nous avons déjà répertorié une vingtaine de prestataires en France). Mais aussi le traitement et l'analyse des données par nos logiciels et la mise à disposition des éléments commandés (photos, cartographies 3D…) sur un espace sécurisé en ligne. Notre business model facilite ainsi l’accès à la technologie du drone. Il nous manquait un partenaire spécialiste de l’inspection et de la vérification, français et de taille mondiale…

Jacques Lubetzki : … et nous voilà. Nous nous sommes alliés avec Parrot pour équiper de l’offre Air Support les inspecteurs de nos 170 agences Bureau Veritas en France. Avant de l’étendre à notre réseau de 1400 bureaux dans 140 pays. C’est l’alliance de la technologie et du savoir-faire. Nous savons que les professionnels de l’immobilier, de l’industrie, de l’énergie, etc. vont en avoir de plus en plus besoin.

Henri Seydoux : Oui, nous constatons qu’à part une poignée de grands opérateurs d’infrastructures qui voudront posséder, entretenir et piloter eux-mêmes leur propre flotte de drones, l’essentiel des entreprises veulent un service simple et activable rapidement. Sans avoir à acheter des drones, à recruter des télépilotes, à connaître la réglementation. Ce fut le cas pour l’un de nos gros chantiers du moment, un grand stade dans une grande ville française…

Jacques Lubetzki : …et les stades c’est notre spécialité, nous sommes intervenus sur la quasi-totalité des stades construits pour l’Euro 2016. En effet, la rapidité d’intervention et de livraison des résultats est clé pour la plupart de nos clients. Le plus courant : un audit de l’existant, une « technical due diligence », quand une installation change de propriétaire. C’est courant, et nous avons très peu de temps pour intervenir. Avec un drone, la mission est terminée en quelques heures, contre plusieurs jours avec des inspecteurs « à pied ».

Henri Seydoux : Idem pour l’inspection énergétique d’un immeuble : muni d’une caméra thermique, un drone peut voler autour d’un bâtiment et capter en moins de deux heures les éventuelles fuites de chaleur et ponts thermiques sur toute sa surface extérieure, y compris les toitures et les zones difficiles d'accès. Cela peut prendre plusieurs jours si un intervenant vérifie de façon exhaustive l'enveloppe extérieure d'un bâtiment, étage par étage.

Inspection d'un bâtiment avec une caméra thermique. Crédits : Parrot Air Support

Quels sont les autres gains recherchés par les entreprises, qui justifient l’utilisation d’un drone ?

Jacques Lubetzki : Le drone professionnel en général, et notre offre en particulier, apportent 4 avantages : 1- Le gain de temps, donc. 2- Une réduction significative des coûts. 3- Un gain d’accessibilité et de sécurité, puisqu’on peut désormais éviter d’envoyer des cordistes ou des nacelles au-dessus du vide, ou sur le toit d’installations classées Seveso. 4- Un gain d’efficacité, avec des images et des relevés précis, géolocalisés, partageables immédiatement, comparables dans le temps…

Inspection de l'avancement d'un chantier. Crédits : Parrot Air Support

Le drone est en fait un maillon-clé dans la gestion du big data…

Henri Seydoux : Oui, c’est exactement notre vision du drone : c’est un objet volant équipé de capteurs et adossé à un service qui permet de recueillir des données à très grande échelle, de manière rapide, exhaustive et fiable. Et ce système s’inscrit dans l’évolution majeure de nos industries actuellement : le big data et la numérisation.

Jacques Lubetzki : Ces données, les entreprises en ont de plus en plus besoin pour piloter leur activité et gérer leurs risques. Que ce soit pour effectuer le suivi d’un chantier dans le temps, ou la modélisation 3D d’une usine qui a fait l’objet de multiples modifications peu documentées. Et ce qui est finalement le plus important, c’est le livrable : les clients doivent pouvoir visualiser et exploiter facilement la data qui a été collectée, sous forme de relevé de photo avec l’offre Data View de Bureau Veritas ou de maquette numérique, dans un format d’utilisation le plus simple possible . In fine, l’alliance Parrot – Bureau Veritas conforte et accélère ce que nos clients nous demandent :  confiance et maîtrise, rapidement, à un coût accessible.

Parrot Air Support

Les inspecteurs prennent de la hauteur

EDF, Dalkia, Laïta, … pas moins d’une dizaine d’industriels ont opté en 2017 pour le service d’inspection par drone proposé conjointement par Bureau Veritas et Parrot. A la clé: d’importants gains de temps et un bien meilleur niveau de sécurité.

Inspecter une passerelle située à 18 mètres de hauteur n’est pas une opération facile. Du moins, ça ne l’était pas jusqu’à présent. “Il y a quelques mois, un de nos inspecteurs a pu réaliser ce travail chez l’industriel Laïta sans utiliser de camion nacelle, ni bloquer la voie de circulation située dans le périmètre”, révèle Johnny Pirault, responsable Gestion de Patrimoine de Bureau Veritas Exploitation. L’explication de la prouesse tient à la présence d’un pilote partenaire Parrot équipé d’un drone. Grâce à cet engin et à ses caméras, les deux experts ont pu aisément capter des clichés de l’ouvrage sous tous ses angles.

Une baisse des temps d’inspection de 50 à 90%

La simplicité d’utilisation n’est pas le seul atout des drones. Leur intérêt le plus évident? Ils rendent les inspections bien plus rapides. Un argument certainement décisif pour Dalkia qui a également commandé le service d’inspection par drones proposé conjointement par Bureau Veritas et Parrot. Dalkia est en effet chargé du facility management du stade de l’Olympique Lyonnais et doit, entre autres, vérifier le bon fonctionnement des conduites d’évacuation d’eau pluviales au niveau de la couverture des tribunes. “ Il y a deux kilomètres à ausculter. Sans drone, cela nécessiterait plusieurs jours. Avec cet appareil, ce sera l’affaire d’une heure”, fait valoir Frédéric Vernhes, directeur du Pôle Gestion de patrimoine de Bureau Veritas en région Rhône-Alpes.

Un contrôle des zones inaccessibles ou dangereuses en toute sécurité

Autre avantage de ces engins? Ils permettent de réaliser des inspections en toute sécurité même sur des zones d’accès risqué. Une solution parfaite pour EDF qui souhaite réaliser des modélisations 3D de plusieurs centrales hydroélectriques situées dans les Alpes. “Sans drone, nous ne pourrions tout simplement pas accéder à certaines zones et pour d’autres, il nous faudrait utiliser des nacelles ou faire appel à des cordistes. Des opérations qui ne sont évidemment pas sans risque”, souligne Frédéric Vernhes. S’il varie selon les missions, le coût des inspections par drone dépasse rarement celui d’une inspection à pied. Résultat? “De plus en plus d’industriels se laissent séduire par cette option”, constate Frédéric Figuet, développeur d’affaires au sein de la direction Aéronautique et Espace de Bureau Veritas. En France, le groupe a déjà réalisé une dizaine de missions avec les drones Parrot depuis le lancement de l’offre. Décollage réussi.  




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