Une technique éprouvée d’Airbus pour augmenter ses cadences de production

L’avionneur a trouvé comment optimiser sa maintenance : prévoir les pannes à l'avance

Une soixantaine d’avions sort chaque mois des usines du groupe Airbus. Pour mieux tenir cette cadence effrénée, l’avionneur a trouvé une solution qui réduit le nombre de pannes de ses équipements stratégiques.

 

Le chiffre a de quoi impressionner. Quarante-quatre ans après le vol inaugural de son premier avion, Airbus a livré le 14 octobre dernier son 10 000e appareil à la compagnie Singapore Airlines. Pour atteindre un tel chiffre, l’avionneur n’a eu de cesse d’augmenter ses cadences de production : de quatre avions la première année à quatre par mois dans les années 70 jusqu’à atteindre aujourd’hui l’impressionnant rythme d’une soixantaine d’appareils par mois ! Un débit effréné qui nécessite un fonctionnement sans faille de la chaîne de production. Pour l’améliorer encore, Airbus a trouvé une solution. D’abord repérer les « bottleneck » c’est-à-dire les machines qui, lorsqu’elles tombent en panne, ralentissent le plus la chaine de production (parce qu’elles nécessitent de longues réparations ou parce qu’elles sont uniques, etc.).

Airbus-avion-A330neo-assemblage-usine
L’avion Airbus A330neo, en phase finale d’assemblage, à l’usine.

Deuxième étape ? Optimiser les méthodes de maintenance sur ces équipements. «L’idée est de trouver un meilleur équilibre entre la maintenance corrective et la maintenance préventive : plutôt que d’avoir des équipes qui interviennent en « pompiers » et règlent le problème une fois qu’il s’est déclaré, on va essayer de le prévenir, sur la base d’une étude de fiabilité », explique Léo Boiteux, chef de projet Grands Comptes chez Bureau Veritas, partenaire d’Airbus dans ce domaine. La technique pour prévenir les pannes ? Etudier minutieusement le fonctionnement de la machine ainsi que son historique de pannes et chercher toutes les défaillances qui pourraient survenir dans le futur. Les experts évaluent ensuite la fréquence et l’impact que ces problèmes auraient sur la production afin d’identifier le planning et les modes de contrôle les plus adaptés pour cette machine.

 

Jusqu'à 30% de baisse de coûts de maintenance chez Airbus

« Nous avons constaté lors d’une étude que l’usure d’une pièce amenait un jeu mécanique qui faisait dysfonctionner l’équipement. Pour anticiper la panne, nous avons défini un plan de surveillance et un seuil d’intervention », explique Léo Boiteux. Si elles commencent tout juste à intéresser les avionneurs qui font face à l’augmentation de leur rythme de production, ces techniques de maintenance préventive ont déjà fait leur preuve dans le secteur automobile. Il faut dire qu’outre le maintien de la cadence, elles offrent de nombreux intérêts. 

L’avion A380, un des nombreux appareils produits par Airbus.
L’avion A380, un des nombreux appareils produits par Airbus.

Des machines en bon état produisent en effet des composants de meilleure qualité. Elles constituent aussi un environnement plus sécurisé pour les ouvriers. Il y a enfin un intérêt financier non négligeable.  «C’est comme pour une voiture : il vaut mieux dépenser un peu d’argent dans une  vidange qu’attendre que le moteur casse et en racheter un nouveau. Si l’on traite le problème avant qu’il ne devienne sérieux, le coup de réparation sera souvent moindre »,  fait valoir Pierre Vidal, responsable Grands Comptes chez Bureau Veritas. Surtout que s’il faut souvent ajouter certains contrôles pour prévenir les pannes, l’analyse des machines permet en général aussi de supprimer de nombreuses vérifications inutiles et donc de réaliser des économies. Bureau Veritas a ainsi évalué des baisses de coûts de maintenance allant jusqu’à 30% après optimisation.

 

Mission pour Airbus : honorer un carnet de commandes de 6700 appareils 

C’est d’autant plus intéressant qu’il n’est en général pas nécessaire de mener des études approfondies sur toutes les machines pour prévenir les pannes problématiques. «En général, seuls 10% des équipements d’un industriel sont véritablement critiques », fait valoir Léo Boiteux. Chez Airbus, seule une partie de ces éléments critiques a pour l’instant été analysée.

Vue d’un avion Airbus 350 dans une usine.
Vue d’un avion Airbus 350 dans une usine.
«Nous avons, entre autres, travaillé sur un robot de perçage qui réalise les entrées d’air des réacteurs d’avions sur les A320neo et nous nous apprêtons à intervenir sur un équipement qui permet de vérifier via une simulation que les faisceaux électriques et conduites hydrauliques des avions ont été correctement assemblés », confie Léo Boiteux. Airbus a néanmoins déjà identifié tous les autres « bottleneck » et souhaite leur faire subir le même examen minutieux.

L’avionneur a, il est vrai, un carnet de commandes impressionnant : d’ici à 2020, près de 1000 avions par an devront être produits pour l’honorer ! Une forte montée en cadence est donc à prévoir, soutenue par des lignes de production travaillant à plein régime.  Pas question de laisser le moindre grain de sable les ralentir.